dimanche 5 août 2012

Le dévoilement du monde suprasensible et des mystères de la démiurgie Divine - Ibn'Arabi

(en Sept Demeure théosophales)

Allâh
Première Demeure : Le " Niveau des Proportions Cosmiques "

Quand il a fini d'apprendre tout cela, l'adepte entreprend une autre ascension d'ordre purement intelligible, ne s'effectuant plus désormais à travers une forme de conscience imaginale, et qui le transporte au " Niveau des Proportions Cosmiques ". Là, il apprend à connaitre les dosages et les mesures exactes des éléments corporels insérés dans les  corps physiques répartis depuis la Sphère englobante jusqu'à la poussière terrestre. En outre, il peut identifier, à l’intérieur comme entre ces deux plans extrêmes, toutes les espèces de l'univers qui sont les occupantes de ces régions cosmiques.

Seconde Demeure : La " Substance Universelle "

Puis il se transporte jusqu'au monde de la " Substance universelle ténébreuse " qui est sans parties et ne contient aucune forme. C'est la dimension suprasensible de tous les atomes du cosmos qui sont occultés par devers elle. De celle-ci proviennent les lumières et les clartés apparaissant dans le monde corporel. Ces lumières, qui sont composées, se détachent de cette Substance universelle de sorte qu'elle reste obscure, tout comme le jour se détache de la nuit, si bien que l'obscurité devient manifeste. Telle est l'origine de l'obscurité dans l'univers et l'origine de l'univers   dans les "statuts législatifs".


Troisième Demeure : La " Nature Incomposée "

Ensuite, l'adepte se transporte de cette station jusqu'au domaine de la " Nature incomposée ". Il apprend aussitôt comment elle gouverne les corps physiques de manière absolue, quels que puissent être leurs différents niveaux de composition et états spécifiques. Il constate alors jusqu'où va l'erreur de certains physiciens qui se fourvoient en prétendant connaître la Nature, erreur due au fait qu'ils ignorent la Physique en son essence véritable, tandis que le bénéficiaire d'un tel dévoilement connaît tout cela intuitivement.

Quatrième Demeure : La " Table Préservée "


Les trente-six milles Sciences Divines que DIEU fait inscrire par Son Calame sur la Table préservée sous forme de "cognoscibles", et les conséquences eschatologiques et cosmogoniques que DIEU en fait résulter pour le monde.

De cette vision, son regard s'élève jusqu'à la contemplation mystique de la " Table préservée " qui est l'existant suscité par le Calame Divin, et sur laquelle DIEU a inscrit les étants créaturels (Kawâ'in) qu'Il a voulu introduire dans le monde. Si bien qu'en contemplant ce qui est gravé sur cette Tabula secreta, l'adepte obtient la science des deux puissances démiurgiques, à savoir : la " Science de la Connaissance " et la " Science de l'Action", et il apprend quels effets en sont émanés. En outre, comme cette substance pneumatique s'avère être une "Table", il découvre ce qu'a tracé sur elle, avec le Calame Divin, Celui qui l'a ainsi dénommée, en dictant au Calame et en lui faisant inscrire sur cette Table les "formes des cognoscibles" que DIEU écoule (avec l'encre du Calame) au sein de l'univers, dans le séjour d'ici-bas jusqu'au Jour de la Résurrection. Ce sont autant de sciences circonscrites qui se trouvent gravées sous formes de cognoscibles, comme le sont les formes des lettres inscrites sur les Tablettes et les Livres sacrés, et que l'on nomme " verbes". Le nombre exact de leurs "matrices" est celui qui résulte de la multiplication des (trois cent soixante) degrés de la Sphère céleste par eux-mêmes, précisément, et sans rien y ajouter ni rien en retrancher.

C'est en effet là (sur cette Table préservée) que DIEU a disposé au sein de la grande Sphère où se recoupent les astres par suite de leurs révolutions célestes, trois cent soixante degrés qui bouclent le cycle annuel d'ici-bas, suivant la révolution du Soleil et de la Lune. DIEU Très-Haut a décrété : " le Soleil et la Lune se meuvent d'après un calcul exact" (coran 55, 3).
D'où la récurrence des années depuis le commencement. Toutefois, le cycle annuel ne connaîtra son véritable renouvellement cosmique qu'au bout d'un terme qui ne saurait dépasser, en année, le nombre de trois cent soixante multiplié par lui-même, nombre mesurant l'Age de ce monde. (1) 

Ensuite, DIEU dicte (sur la Table au moyen du Calame) un autre ordre de réalité. Et il s'agit de science concernant la Résurrection et aussi les "balances" établies "jusqu'à un terme fixé" (cor.42, 14) qui varie pour les deux séjours (du Paradis et de l'Enfer). Et ce terme marque tout spécialement la fin du temps de la disgrâce imposée à ceux qui habitent le séjour du malheur. Après quoi, DIEU réinscrit derechef (sur la Table préservée) le châtiment infligé à ce monde-ci, tout en éternisant ce qui doit perdurer dans les deux séjours (du Paradis et de l'Enfer) à l'intention de leurs habitants respectifs - sous réserve que, quelle que soit la teneur de l'écriture inscrite (sur la Table), il faut nécessairement qu'elle s'écoule "jusqu'à un terme fixé", puisqu'il est impossible d'introduire ce qui est sans fin au sein de l'existence.

Cinquième Demeure : Le " Calame Suprême "

L'adepte est initié à la Walâya. Il obtient la vision théophanique de la démiurgie Divine en contemplant l'animation du Calame qui enregistre et coordonne la trame intelligible de la création, telle que la lui dicte le Créateur.

Ensuite, l'adepte se transporte de cette station épiphanique jusqu'à la vision intellective du " Calame suprême ". Par cette vision dont il est témoin, il obtient la "connaissance de la walâya" (ou "amitié Divine"). C'est là que se situe le point de départ menant au rang du " Khalifa" et du "niyâba" (ou perfection humaine). C'est encore là que sont constitués les Divins Registres, et qu'apparaît la souveraineté du Nom " le Coordinateur et le Séparateur" - comme il est dit : " Il coordonne l'Ordre, Il sépare les signes" (13. 2). Telle est la science du Calame.


Et soudain l'adepte voit sous ses yeux le Divin Calame s'animer d'un mouvement partant de la droite.Oh sublimité ! Quel mouvement idéal, d'une suprême grâce ! Il voit d'où le Calame puise l'encre, et se rend compte qu'il détient par essence la maîtrise de la synthèse et l'analyse. L'analyse se révèle dans l'acte d'écrire, acte exprimant la nature essentielle du Calame. Il n'a besoin pour lui faire la dictée de nul autre maître que son Créateur, exalté et vénéré soit-Il. Ce qu'écrit le Calame Divin est gravé à jamais, c'est pourquoi cela demeure éternellement et ne peut être effacé. Pour cette raison, la Table (sur laquelle cela est gravé) est dite " préservée", ce qui veut dire préservée contre l'effacement. Or, si l'Ecriture Divine du Calame était semblable à l'écriture faite avec l'encre (matérielle), elle finirait par s’effacer, comme s'efface dans le monde du devenir l'inscription d'une simple tablette (d'argile humaine) écrite avec la plume qui est tenue "entre deux doigts du Miséricordieux". 


Grâce à cette vision, l'adepte peut désormais distinguer les différents types de calames et de tablettes ainsi que les diverses catégories d'écritures. Il obtient ainsi la "connaissance des statuts impérieux et de la rigoureuse ordonnance".
A partir de là, il réalise que ce qui est destiné à être une éclatante "preuve de DIEU" ne saurait demeurer à l'état de simple virtualité, à moins d'avoir déjà été manifesté en tant que preuve. Et si les preuves s'accumulent, en ce  cas, DIEU les rassemble toutes pour en faire " la preuve décisive", parfaite et exceptionnelle. Puis l'adepte tourne son regard vers la droite de cette scène visionnaire, et il contemple alors le "monde de l'amour éperdu" qui est le monde créé de la Nuée.


Sixième Demeure : La " Nuée Divine "

La Nuée : Voile théophanique suprême, matrix mundi et toute première localisation métaphysique concevable.

Il se transporte ensuite vers la " Nuée Divine " qui est le siège épiphanique du Nom " al-Rabb" (" le Seigneur"), de même que le Trône est le siège épiphanique du Nom " al-Rahmân" (" le Miséricordieux"). La Nuée est la toute première localisation métaphysique dont procèdent les déterminations de lieu et les plans de manifestation relatifs à ce qui ne peut admettre l'étroitesse du lieu (physique) et anticipe la situation en un lieu donné. D'elle proviennent les substrats épiphaniques aptes à recevoir les prototypes des formes corporelles manifestées sous les modes sensible et imaginal. La Nuée est un existant suréminent. L'Être Divin est son Principe intelligible. C'est l' "Être Divin dont est créé tout existant autre que DIEU", le Concept métaphysique dans lequel permanent et demeurent bien ancrées les identités foncières des êtres contingents. La Nuée accueille l'essence de l'ubi (al-ayn), elle est l'enveloppe spatiale du lieu, le niveau où est localisé le lieu, le nom du substrat épiphanique (universel).

Depuis le monde terrestre jusqu'à cette Nuée, il n'y a point de Nom de DIEU, hormis les " Noms des Opérations". Car en dehors d'eux, il n'y a pas d'influence qui puisse s'exercer sur  un quelconque objet créaturel compris entre la terre et la Nuée, que l'objet considéré relève du monde intelligible ou bien du monde sensible.


Par ailleurs, lorsque l'adepte eut quitté son compagnon le théoricien au (niveau du) septième ciel, pour continuer seul son ascension, voici que, en dehors de son propre itinéraire, une forme toute subtile irradiant de la personne du théoricien commença de s'éployer. Elle apparut à l'adepte dans la Sphère des Etoiles, et il la perdit de vue dans le Paradis. Elle lui réapparut dans la Sphère des Tours zodiacales, et il la perdit encore de vue dans le Korsî et le Trône. Elle lui réapparut au niveau des Proportions cosmiques et dans la Substance ténébreuse, puis il la reperdit de vue dans la Nature universelle. Elle lui apparut de nouveau dans l'Âme universelle - envisagée comme étant l'Âme, non comme étant la Table préservée; puis dans l'Intellect instaurateur - envisagé comme étant l'Intellect, non comme étant le Calame.
Après quoi, cette forme subtile se sépara de l'adepte qui dès lors ne la vit plus distinctement.


Septième Demeure : La Divine Présence de l'Un-Seul .



Vingt et unième et ultime étape du mi'râj où l'adepte affronte l'épreuve de la transcendance et de l'immanence Divines.



A partir de cette Nuée, l'adepte entreprend la montée et l'ascension parmi les " Noms du tanzîh", jusqu'à ce qu'il atteigne la Divine Présence (Hadrat) dans laquelle il constate que le tanzîh (2)  Le limite, Le désigne encore et L'entrave (Lui le Très-Haut). Il lève alors les yeux vers les arcanes les plus secrets des mondes intelligible, spirituel, corporel, mais dans les objets qui y apparaissent et dont le spectacle s'offre à sa vue, il ne distingue nullement ce qu'il convient d'écarter radicalement de Lui (Le Très-Haut). Il y voit simplement la relation de ces objets avec Lui comme marquant la relation du plan ontologique avec Celui qui en est le Maître et Détenteur.
Voyant cela, il ne peut "opérer le tanzîh" qu'il s'était imaginé (convenir à la transcendance Divine), ni "opérer le tashbîh" (3)  (qu'il s'était imaginé convenir à l'immanence Divine), car en vérité il n'y a là rien de tel.

Distique

Il n'y a que DIEU Seul,
rien d'autre que Lui,
il n'y a que l'Unité des Unités.

Puis, l'adepte se sépare des Noms des Opérations et les Noms du Tanzîh s'inclinent en lui livrant passage. Il voit alors son compagnon le théoricien tomber pleinement d'accord avec lui(4), jusqu'à ce qu'il la Demeure qui n'abrite plus ni le tanzîh, ni le tashbîh. Si bien que l'adepte Le dégage de toute limite en rejetant le tanzîh, et Le dégage de toute dimension en rejetant le tashbîh. Arrivée à ce point, il perd de vue son camarade le théoricien.

à suivre prochainement le dénouement du Mi’râj 
source : L'Alchimie du Bonheur Parfait - Ibn'Arabi







1. C'est à dire 36. 000 ans, la "Grande Année" astronomique correspond à la durée de la "précession des équinoxes". Le terme final de cette grande période cosmique débouche sur l'eschatologie, le "temps de la Résurrection" l'Age du monde étant mesuré par le plérôme de la Connaissance Divine (les 36.000 sciences).


2. Il s'agit des Noms utilisés par la théologie négative ou apophatique pour énoncer la transcendance de DIEU.


3. Ce sont les Noms des Opérations qui permettent à l'intellect d'expérimenter le mystère de la transcendance et de l'immanence Divine.


4. Accord de principe entre l'adepte et le théoricien et qui repose sur les critères de la théologie négative que tout ce passage met en déroute. Bien évidemment, l'adepte est seul au point culminant de l'expérience du mi'râj, tandis que le théoricien est toujours immobilisé dans l'enceinte de Saturne.

mercredi 1 août 2012

L’itinéraire Mystique de l'adepte jusqu'au Trône du Misérordieux (Ibn'Arabi)

(en Sept Stations épiphaniques)


Première station : Le "Lotus de la limite"


Vision des quatre fleuves de la Prophétie donnant accès au Bonheur

L'adepte poursuit sa marche et il parvient au "Lotus de la limite" (coran53, 14). Là, il voit les images des oeuvres accomplies par les bienheureux qui sont au nombre des prophètes et de ceux qui adhèrent aux Envoyés de DIEU. Il voit sa propre oeuvre figurant parmi les leurs, et aussitôt il rend grâce à DIEU de l'avoir favorisé en lui permettant de suivre l'Envoyé, le maître d'initiation. En ce lieu, l'adepte aperçoit "quatre fleuves", dont un immense, d'où procèdent plusieurs petites rivières. C'est encore de ce grand fleuve que découlent, tels, des affluent, les trois autres fleuves. L'adepte demande quels sont ces fleuves et ces rivières. On lui répond : C'est là un symbole que l'on offre à tes yeux. Le grand fleuve que tu vois, c'est le Coran, et ces trois autres fleuves, ce sont les trois saints Livres de la Torah, des psaumes et de l’Évangile. Quand à ces rivières, ce sont les feuillets  révélés descendus sur les prophètes. Celui qui boit à l'un de ces fleuves ou à l'une de ces rivières - peu importe lequel, du moment qu'il en boit -, celui-là devient héritier de toute vérité. Car il s'agit  du " Logos de DIEU " (Kalâm Allâh), et les " savants deviennent les héritiers des prophètes" dès l'instant où ils boivent à ces fleuves et à ces rivières.

Le Lotus
"Plonge-toi dans le Fleuve du Qorân, tu trouveras toutes les voies d'accès au Bonheur", parce que c'est le fleuve de Mohammed - sur lui la paix et la prière -, lui qui posséda la prophétie quand " Adam  était encore entre  l'eau et l'argile"; lui à qui furent données les " Synthèses des Verbes" et une " Mission prophétique universelle"; lui à qui il appartenait d'abroger les statuts dérivés des Lois Divines, et que nul excepté lui ne pouvait abroger.

Le Lotus, dépôt des oeuvres des bienheureux adamites et arbre de la purification des morts appelés à la rencontre de DIEU.

L'adepte se met à contempler la radieuse lumière qui recouvre ce Lotus et il le voit "recouvert par ce qui le recouvre" (il s'agit de la "Lumière grandiose" dont les yeux des mortels ne peuvent soutenir l'éclat). Car nul n'est capable de qualifier cette aura de lumière que les regards ne peuvent pénétrer. Non ! Les yeux ne sauraient l'atteindre. Puis on lui annonce : "Ceci est l'arbre de la purification dans lequel s'obtient l’agrément de DIEU. Ici même se dresse le Lotus érigé en vue de l'ablution rituelle des morts appelés à la rencontre de DIEU, ablution par l'eau lustrale et l'arbre Lotus qui confère aux morts la pureté impeccable de ce Lotus. Il est la limite à laquelle parviennent les oeuvres des fils d'Adam bienheureux (voir cor.36, 80), le dépôt où elles sont conservées jusqu'au Jour de la Résurrection. Là se trouve le premier échelon que franchissent les bienheureux, alors que le septième ciel où s'est arrêté ton compagnon (le théoricien) est le point limite de la fumée. Inéluctablement, ce septième ciel et ceux se trouvent en-dessous subissent des changements d'états les ramenant à la forme primitive qui était la leur ou qui leur ressemblait auparavant, avant que ce ciel ne fût constitué".

Deuxième Station : La "Sphère des Stations" 

Des myriades angéliques accueillent l'adepte dans les "stations" des pèlerins vers DIEU. 

Puis on ordonne à l'adepte : monte ! Et celui-ci monte dans la "Sphère des Stations". Parvenu là, il est accueilli par des myriades d'anges et d'esprits préposés aux étoiles, dont le nombre excède des dizaines de milliers, et où ces esprits (et anges) ont leurs hautes demeures. Il aperçoit en outre les "stations qu'occupent les pèlerins en route vers DIEU, chargés de leurs oeuvres légitimes". De cela, Harawî a traité  dans un de  ses ouvrages qu'il a intitulé "Manâzil al- Sâ'irîn" ( " les stations des pèlerins"), lequel comprend "cent étapes", chacune d'elles comportant à son tour "dix étapes" qui sont précisément ces "stations".
Quand à nous, nous en avons traité dans un livre intitulé "Manâhij al-Irtiqâ" (" les Itinéraires de l'ascension spirituelles"), qui comprend "trois cent étapes", chacune d'elles comportant dix "stations", ce qui fait un total de trois mille stations. L'adepte se met à franchir ces stations en les traversant l'une après l'autre au moyen de sept " essences métaphysiques" qu'il possède, comme les traversent les sept étoiles brillantes - mais en un temps plus rapide - jusqu'à ce qu'il pénètre intégralement leurs essences secrètes. Car le prophète Idriss lui avait bien fait cette recommandation.

Troisième Station : La " Sphère des Etoiles fixes "

L'adepte franchit le seuil du Paradis et en reconnait la topographie.

Après avoir scruté chacune de ces stations, il voit que celles-ci, avec toutes les étoiles qui s' y trouvent, s'en vont traverser une autre Sphère située au-delà de la Sphère des Stations. Alors l'adepte désire y monter pour contempler ce que DIEU a déposé dans ces réalités célestes en fait de signes et de prodiges témoignant de Sa Puissance et de Sa Science. Dès qu'il a pris pied à la surface de cette Sphère supérieure, il se retrouve au Paradis du commun des mortels, où il voit le spectacle de ce que DIEU a decrit dans Son Saint Livre concernant la nature des Paradis. Il en distingue les différents étages, les vestibules et tout ce que DIEU y a prévu pour le séjour de ses habitants. L'adepte voit aussi son paradis personnel, et aussitôt le voilà renseigné sur les "Paradis de l'héritage Divin", les "Paradis de l'élection personnelle" et les "Paradis des oeuvres". Alors, de chacun d'eux il savoure un bien délectable en fonction de ce que la puissance paradisiaque lui donne la faculté de goûter.

Il retrouve parmi les bienheureux fils d'Adam sa propre "forme paradisiaque" et il s'unit à elle.

Son désir ayant été pleinement satisfait, l'adepte s'élève jusqu'à la plus magnifique terrasse et jusqu'au rideau le plus resplendissant (du Paradis) derrière lequel il voit transparaître les formes d'Adam et de ses bienheureux fils. Dès lors, il comprend la signification mystique de ces réalités célestes et toute la sagesse que DIEU y a déposé, et il s'avise que ce sont là autant de robes nuptiales dont se vêtent les fils d'Adam. Voici que ces formes, ces silhouettes des bienheureux adamites le saluent, et soudain il reconnait parmi elles "sa propre forme". Aussitôt il l'embrasse et elle l'embrasse, puis elle s'élance avec lui vers l'emplacement le plus proche.

Quatrième Station : La " Sphère des Hautes Tours " 

L'adepte pénètre alors dans la " Sphère des Hautes Tours ", dont DIEU a dit et sur laquelle Il a juré : " Par le Ciel crénelé de Tours" (cor.85, 1). Il apprend que les êtres engendrés demeurant aux Paradis sont tributaires du mouvement de cette Sphère et qu'elle commande le mouvement diurne dans le monde temporel, de même que le mouvement alternant du jour et de la nuit (ou nychtémère) dépend de la Sphère dans laquelle se trouve la masse astrale du Soleil. Il apprend encore que les êtres engendrés demeurant aux Enfers dépendent, eux, du mouvement de la " Sphère des Etoiles (fixes) " qui est la voûte de l'Enfer - je veux dire que la concavité de cette Sphère forme le "toit de l'Enfer", tandis que sa surface constitue la "terre du Paradis". Les parcelles qui tombent de cette Sphère des Etoiles et dont la lumière se disperse font qu'elles restent obscures et que cet effet persiste en elles à titre permanent. Ce concours de phénomènes est la cause des trocs continuels qui sévissent aux Enfers : " Chaque fois que leurs peaux sont consumées nous leur donnons d'autres peaux en échanges" (4. 55). Tout cela "avec la permission de DIEU" qui assigne les choses à leur juste rang.

(...)
...
De l'insuffisance de la réflexion théorique et du vagabondage des ratiocinateurs .

En cette demeure céleste, l'adepte connaît donc la nature des créatures paradisiaques et tout ce que nous venons d'évoquer. Quand à son camarade, le théoricien, il ne sait rien de tout cela, étant donné qu'il s'agit d'un enseignement prophétique, non d'une réflexion théorique. Ce théoricien est aliéné sous l'emprise  de sa réflexion. Or, la réflexion n'a pas d'autre domaine où s'exercer que son champ d'investigation propre, et c'est un simple moyen de connaissance parmi bien  d'autres. En effet, à chaque faculté chez l'homme correspond un champ d'investigation restreint qu'il ne saurait franchir. Aussitôt que cette faculté franchit les limites de son domaine spécifique, elle tombe dans l'erreur et se fourvoie. Ce faisant, elle dévie complètement de sa " voie droite".

La perception visionnaire détecte fort bien sur quel écueil trébuchent les preuves rationnelles. C'est tout simplement qu'elles sortent de leurs propres limites. Au vrai, les intellects ratiocinants qui se fourvoient sont égarés par leurs propres réflexions. Celles-ci les égarent pour qu'ils se donnent libre carrière hors de leurs limites, et c'est ce vagabondage qui amène les rationateurs à juger arbitrairement sans compétence et à s'employer hors de leur champ propre, cela afin de bien mettre en évidence la faveur de certains par rapport à d'autres. Car en vérité, la faveur se manifeste dans le monde pour que l'on sache que DIEU est plein de sollicitude à l'égard de certains de serviteurs, tandis qu'Il en délaisse d'autres; pour que l'on sache en outre  que la possibilité de chacun a sa limite, et qu'enfin, la supériorité que DIEU accorde à qui Lui plaît est une distinction personnelle liée à telle faculté spirituelle agréable à DIEU, l'Omniscient, le Tout-Puissant.

Cinquième Station : Le " Korsi " ou Piédestal du Trône.

Le "pied de la vérité" et le "pied de la tyrannie" déterminant la condition eschatologique respective des infernaux et des paradisiaques.

Puis l'adepte ressort (de la Sphère des Hautes Tours) et il chevauche avec sa monture en direction du Korsi (Trône). Parvenu là, il voit à l'état de morcellement le Logos Divin qui revêtait l'attribut de l'Unité indivise avant de rejoindre cette station, et il aperçoit "les deux pieds" qui pendent jusqu'au Korsi. Aussitôt il tombe à genoux pour les baiser. L'un confère l’éternité aux paradisiaques dans leurs Paradis, et c'est le "pied de la véracité". L'autre confère l'éternité aux infernaux dans leurs Enfers sous tous les modes que DIEU veut, et c'est le "pied de la tyrannie". Voilà pourquoi DIEU déclare au sujet  des habitants du Paradis : " C'est un don inaltérable" (cor.11, 108), car ce don ne cessera jamais. Tandis qu'Il déclare au sujet des habitants des Enfers qui y souffrent afin de subir la condition perpétuelle de la tyrannie : " Ton Seigneur fait ce qu'Il veut" (cor. 11, 107). DIEU ne dit pas que leur condition ne cessera jamais, comme Il le dit des Bienheureux. Ce qui interdit de le supposer, c'est cette  parole Divine : " Ma Miséricorde embrasse toute chose" (7. 156), et cette autre : " Ma Miséricorde précéda ma colère" en ce monde. Car l'existence est l'effet d'une Miséricorde infusée au plus secret de chaque existant, et même si certains seront châtiés, toutefois l'éternisation de ceux qui reposent dans l ' "état de grâce" ne cessera jamais, tandis que l'éternisation de ceux qui sont dans l' "état de disgrâce" dépend de l'intervention d'une certaine volonté Divine. En conséquence, la disgrâce des réprouvés se ramène à un châtiment, sans plus, et elle finit par cesser.


Du châtiment infernal et de l'affliction des réprouvés.

Voilà pourquoi, en certains endroits du Livre, DIEU spécifie la nature de la peine endurée comme devant être "un châtiment douloureux" ou "le châtiment douloureux". Tandis qu'ailleurs, Il ne spécifie point que le châtiment soit douloureux et déclare simplement : " Le châtiment ne leur sera pas allégé" (2. 86, 162; 3. 88) - c'est à dire : ne leur sera allégé même si la peine endurée finit par cesser. DIEU dit encore : " dans le châtiment de l'Enfer..." (43. 74) - sans spécifier qu'il sera douloureux - ajoutant seulement : " qui ne s'interrompra jamais pour eux", en tant que châtiment.
"Et ils y resteront..." - maintenus à l'écart du bonheur convoité en ce lieu. Parce que l' "affliction" est une expression s'appliquant aux habitants de l'Enfer où ils sont maintenus à l'écart, c'est pourquoi il est fait mention ici de l' "affliction", afin que ce terme soit employé dans son contexte adéquat, chez les individus que cela concerne, pour qu'ils en fassent l'expérience. Il existe pour le lieu infernal certains termes appropriés qui ne conviennent pas aux Paradisiaques, et "affliction" en est un .
Ainsi, l'adepte apprend à distinguer en cette station (du Korsi) ce qui est propre à chacun des deux séjours.

Sixième Station : La " Lumière Grandiose " 

L'audition des mélodies célestes et l'amour extatique de la Beauté Divine

Il abandonne enfin ce lieu pour s'élancer impétueusement dans la " Lumière grandiose " et aussitôt il est terrassé par l'extase, car cette Lumière est l'habitacle des états mystiques qui trouvent leur mode d'expression à travers les êtres humains. Or, ce qui les subjugue de manière irrésistible, c'est bien l'audition des mélodies célestes. Lorsque ces mélodies leur parviennent, elles traversent les sphères, et les mouvements des sphères émettent des sons enchanteurs qui ravissent les sens, comme ceux émis par le "dawlâb" (sorte de crécelle). Alors, ces sons investissent les états mystiques et d'un commun élan parviennent jusqu'aux âmes des vivants durant les séances du concert spirituel. Si bien que l'âme audiante, partout où elle jette l'ancre, qu'elle s'éprenne d'une jeune fille ou d'un jeune homme, ou qu'elle s'attache aux hommes de DIEU, son attache véritable demeure l'amour d'une certaine Beauté Divine, objet privilégié de sa représentation imaginative, et dont les créatures prennent possession grâce aux locutions prophétiques telles que cette parole du Sahîh : " DIEU est Beau, Il aime la Beauté", et cette autre du Tajrîd : " Adore DIEU comme si tu le voyais". Ainsi l'âme de l'amant est-elle ravie d'extase par ce que lui révèle sa conscience imaginative.

Parmi les amants, certains sont submergés par l'état d'ivresse mystique sans le truchement de la conscience imaginative. Ceux-là, au contraire appréhendent un objet Divin non conditionné, qui n'est point cernable dans le champ clos de l'espace et de la dimension. Il en est d'autres auxquels sont donnés ces états mystiques amenant l'extase amoureuse par fragrances successives qui parviennent à des âmes n'aimant point totalement, mais seulement de façon partielle. Ces amants-là obtiennent l'extase d'amour sous un mode conditionné, et c'est pourquoi on l' appelle l' "amour angoissé".

Septième Station : Le " Trône du Miséricordieux " 

Au seuil du Trône, l'adepte découvre les entités mystiques des cinq archanges et des trois grands prophètes auprès desquels reposent les quatre arcanes majeurs du Grand Oeuvre. En contemplant ceux-ci tour à tour, il obtient la révélation intuitive du magistère hermétique.

Medine
Puis, l'adepte émerge de cette Lumière et il se dirige vers le fief de la " Miséricorde universelle qui embrasse toute chose " et que l'on désigne comme le "Trône". Arrivée là, il découvre parmi les entités archangéliques : Sérafiel, Gabriel, Mikaël, Ridwan et Malik; parmi les entités angéliques de forme humaine : Adam, Abraham et Mohammed - la paix soit sur eux.
Auprès d'Adam et Sérafiel, il trouve déposée la " Connaissance des formes apparaissant au Monde"  et que l'on appelle ajsâm (corps physiques animés), ajsâd (corps subtils), et hayâkil (temples ou corps de chair), selon qu'ils sont lumineux ou bien privés de lumière. Auprès de Gabriel et Mohammed, il trouve déposée la "Connaissance des Esprits insufflés dans ces formes" qui reposent auprès d'Adam et Sérafiel. L'adepte apprend donc les significations vraies de tout cela et il voit quelle est la relation de ces esprits à l’égard de ces formes corporelles, en quoi consiste leur organisation interne, jusqu'à quel point ces esprits se distinguent les uns des autres, bien que tous soient émanés d'un Archétype unique; de même en ce qui concerne les formes corporelles.Tout cela, il l'apprend de cette Demeure (du Trône).

De cette Demeure Divine, il obtient la "Science des Élixirs" qui métamorphosent les corps métalliques en même temps que l'esprit qui s' y trouve incorporé. Il regarde ensuite vers Mikaël et Abraham et il trouve déposée auprès d'eux la "Connaissance des nourritures vitales" pour les esprits comme pour les corps, ce dont ils se sustentent, ce par quoi ils peuvent subsister. Et l'adepte découvre alors quelle est la nature de cet Élixir servant d'aliment approprié au corps minéral, Élixir ayant la vertu de rendre ce corps en or ou en argent, après qu'il ait été de fer ou de cuivre - ce qui revient à le ramener en bonne santé et à éliminer la maladie qui s' y était incorporée dans la mine, maladie faisant qu'il s'était transformé en fer ou en tel autre métal vil. Eh bien, tout cela, il l'apprend de cette Demeure du Trône.

Ensuite, l'adepte regarde vers Ridwân et Malik et il trouve déposée auprès d'eux la " Connaissance du Bonheur et du Malheur, celle du Paradis et de ses échelons, celle de l'Enfer et de ses marches. Car telle est la science des degrés selon lesquels se répartissent " la promesse et la menace" (la promesse s'accomplit par l'intervention de Ridwan qui est l'ange chargé de la rétribution des bienheureux; la menace se réalise par l'intervention de Malik qui est l'ange du châtiment.)
Et le voilà désormais instruit de la condition véritable que procure chacun des deux. Lorsqu'il a bien appris tout cela, l'adepte connaît le Trône et ses "Porteurs", ainsi que tout ce qui est englobé sous sa vaste enceinte.
Le Trône marque en effet la limite extrême des corps physiques. Au-delà, il n'y a plus aucun corps composé ayant figure et dimension. (1)


1. (la Sphère englobante du Trône situe les bornes extrêmes de l'univers et détermine la sortie du cosmos physique, débouchant sur le monde suprasensible dont l'adepte va explorer les " Demeures théosophales", à savoir : les réalités métaphysiques universelles qui sont incomposées.)


Source : l'Alchimie du Bonheur parfait (Ibn'Arabi)
à suivre...

mercredi 18 juillet 2012

Le prophète et les deux pèlerins-6 Abraham et Saturne au septième ciel - Ibn'Arabi

Septième ciel : Abraham et Saturne

Le " Temple empli de fidèles " et les "trois lumières d'Abraham".

Ayant pris congé de Moïse, ils se remettent en route, l'adepte mohammadien porté sur la "litière de la Divine sollicitude", le théoricien sur la "monture de la réflexion". Alors s'ouvre devant eux le septième ciel qui est en réalité le premier à partir d'ici. L'adepte est reçu par Abraham, l' "Intime de DIEU" - que la paix soit sur lui - et le théoricien est reçu par la planète Saturne.
Cette dernière le fait descendre en un temple obscur, triste séjour de désolation, et lui déclare : " Voici la demeure de ton frère - lui désignant ainsi sa propre âme. Restez-y jusqu'à ce que je revienne vers toi, car je suis au service de cet adepte mohammadien en raison de  celui chez qui il est descendu, lequel n'est autre que l'Intime de DIEU ". Et saturne de se porter vers Abraham qu'elle trouve le dos appuyé contre le " Temple empli de fidèles ". L'adepte est assis entre ses bras tel le fils entre les bras de son père qui lui dit : " Ah le pieux enfant que voici !" Et l'adepte se met à interroger Abraham au sujet des "trois lumières". Il lui répond alors : " Elles constituent mon témoignage contre mon peuple. DIEU me les a données comme gage de sa sollicitude à mon égard. Je n'en ai point parlé dans l'intention de les associer (à DIEU), mais j'en ai fabriqué un filet de chasse avec lequel je rattrape ceux de mon peuple dont la raison s'égare."

Abraham exhorte l'adepte et l'encourage dans sa quête spirituelle.

Abraham lui dit encore : " O adepte, distingue soigneusement les plans de l'être et connais bien les rites de l'initiation spirituelle. Aie de ton Seigneur un discernement infaillible en tout ce qui te regarde personnellement. Ne renonce point à ton propos, car tu n'es pas homme à renoncer en cours de chemin ni à abandonner en vain . Fais en sorte que ton coeur ressemble à ce Temple empli de fidèles, absorbés dans la communion avec DIEU en permanence. Enfin, sache que de toutes les choses qu'il t'est donné de voir, DIEU n' en a fait aucune aussi vaste que le coeur du croyant, et ce vaste coeur, c'est toi".

Saturne
Les lamentations du théoricien.

Aussitôt qu'il entend cette proclamation, le théoricien s'écrie : " Malheur à moi qui ai été négligeant envers DIEU. J'étais parmi les railleurs" (39. 56). Il réalise soudain ce qu'il a laissé échapper en manquant de foi envers ce prophète et en suivant sa propre voie. Alors il s'exclame : " Pauvre de moi ! Si seulement je n'avais pas choisi ma raison en guise de preuve ! Si seulement je n'avais pas poursuivi avec elle la voie de la réflexion (fikr) en guise de but !".

L'information des âmes par les species impressae.

Les deux personnages saisissent donc les biens que les entités spirituelles des mondes supérieurs leur accordent respectivement; ils palpent l'immensité dans laquelle baigne le Plérôme suprême, chacun selon la candeur de son être et selon l'aptitude de son âme à se purifier du plus secret de la Nature. Alors, dans le sillon de leurs âmes viennent s'imprimer les gravures de toutes les réalités comprises dans l'univers. Cependant, l'un comme l'autre ne peut être pleinement informé que de ce qu'il contemple en lui-même, dans le miroir de sa propre essence.
...
Le septième ciel, seuil de l'Au-delà où commence l'escalade des âmes et ses épreuves

A partir de ce ciel commence l'escalade (des âmes vers l'autre Monde), épreuve dont on ne connaît pas les stratagèmes bien camouflés qui sont  insoupçonnables, ni les pièges bien tendus. Là commence l'épreuve du voile, l'éternité des choses immuables, d'une souveraine lenteur. A ce niveau, on réalise la signification de la parole Divine : " La création des cieux et de la terre est plus grande que la création des hommes" (40. 57) - parce que les cieux et la terre occupent le " rang de la paternité" vis-à-vis des humains qui ne pourront jamais les atteindre. DIEU Très-Haut dit encore : " Remercie-Moi et remercie tes parents" (31. 14).

Condition des hommes et des djinns. La création d'Adam et la différenciation des espèces créaturelles.

A partir de ce ciel, on apprend que toutes les créatures d'une espèce autre que celle des hommes et des  djinns sont bienheureuses et n'ont point part au "malheur de l'autre Monde", car parmi les hommes comme parmi les djinns, il y'a des malheureux et des bienheureux. Or, le malheureux déambule dans la cohorte des malheureux jusqu'à un terme fixé - parce que " la Miséricorde précéda la Colère" - tandis que le bienheureux conserve cet état indéfiniment. Parvenu à ce point, on est à même de connaitre la faveur insigne dont bénéficia la " Création de l'homme", et d’apprécier l' "orientation des deux Mains Divines en vue de créer Adam", à l' exclusion de toute autre créature. Et l'on réalise, de ce fait, que les créatures appartiennent à un seul genre, lequel procéda par une voie unique durant l'acte de la Création, sans qu'il en résulte de différenciation des espèces créaturelles, car leur différenciation spécifique vint de l'homme. C'est à partir de lui que la Création fut différenciée. Aussi bien, la création d' Adam diffère-t-elle de la création d' Êve. La création d' Êve diffère de celle de Jésus. La création de Jésus diffère de celle de tous les fils d' Adam. Pourtant tous sont des hommes.

La beauté dans la laideur : stratagème Divin.

A ce niveau céleste, la laideur de son action est rendue belle à l'homme, et il voit celle-ci parée de beauté. Aussi, lorsque ce embellissement se révèle soudain aux yeux de l'adepte, il remercie DIEU Très-Haut pour l'avoir préservé de commettre pareil méfait. Quant au malheureux théoricien, il ne peut trouver de soulagement que dans la contemplation de cette épiphanie qui lui apporte la beauté dans la laideur et c'est là un des "stratagèmes Divin". En ce ciel permanent, immuables, les individualités métaphysiques des formes manifestées se modelant dans la substance déployée sous l'orbe de cette (septième) Sphère jusqu'à la terre.


Le "Patriarcat de l'Islam"; Abraham révèle à l'adepte les vertus du "lait de la gnose".

En ce ciel se reconnaît la " Communauté d' Abraham". C'était vraiment une communauté magnanime qui ignorait le sectarisme confessionnel. Lorsque le théoricien comprend ces vérités chargées de sens et réalise qu'il se trouve devant le " Patriarcat  de l'Islam", il désire se rapprocher de son patriarche, Abraham. Alors Abraham demande à l'adepte "Qui est cet étranger avec toi ?" Il lui répond : " C'est mon frère." " Ton frère de lait ou ton frère par le sang ?"  "C'est mon frère par l'eau". Abraham lui réplique : " Tu dis vrai ! C'est pourquoi je ne le connais point. Toi-même, ne fréquente que celui qui est ton frère de lait, comme moi je suis ton  "père de lait". En vérité, la "Demeure bienheureuse" n’accueille que les hommes qui sont frères de lait, leurs pères et leurs mères. Car ceux-là seuls comptent au regard de DIEU. Ne vis-tu pas la "gnose t'apparaître sous l'aspect du lait", dans l'habitacle de l'Imagination active ? Eh bien, cela est dû à l'allaitement qui fut le tien." Et Abraham de tourner le dos au théoricien, puisque ce dernier avait rompu la filiation le rattachant au Patriarcat d'Abraham.

L'admission de l'adepte dans le Temple des vrais croyants.

Ensuite, Abraham ordonne à l'adepte d'entrer dans le " Temple empli de fidèles ". Il y pénètre donc sans son compagnon qui garde la tête baissée (et reste sur le seuil). Puis il en ressort par la porte qu'il avait empruntée en entrant, au lieu de sortir par la "porte des anges" qui est la seconde porte du sanctuaire. Celle-ci présente une particularité qui est la suivante : celui qui sort (du Temple) par cette porte ne repasse plus par là.


L'adepte prend congé d'Abraham et poursuit son ascension. Le théoricien se voit refuser l'Islam et interdire  d'aller plus loin.

Enfin l'adepte prend congé d'Abraham pour continuer son ascension. Il embrasse son compagnon de voyage, le théoricien qui était demeuré là. Ce dernier s'entend dire : " Arrête-toi ici jusqu'à ce que ton compagnon (l'adepte) revienne, car à partir de ce point tu ne peux plus avancer. C'est ici le terme de la "fumée élémentaire". Et le théoricien de s'écrier : " Je reçois l'Islam et je me range sous l'autorité a laquelle s'est s'est conformé mon compagnon !"
" Ceci, lui répond-on, n'est point le lieu où l'on peut recevoir l'Islam. Quand tu seras retourné à ton point de départ, là d'où tu es venu avec ton compagnon, ce sera le lieu et le moment appropriés. Lorsque tu te seras soumis, que tu auras vraiment cru, lorsque tu auras adhéré à la voie de ceux qui se convertissent à DIEU conformément à l'appel des Envoyés-Prophètes qui proclament DIEU, alors seulement, tu pourras recevoir l'Islam comme l'a reçu ton compagnon." Et le théoricien dut demeurer là. 

Nous allons suivre prochainement la quête de l'adepte jusqu'au Trône Divin
source : l'Alchimie du Bonheur Parfait (Ibn'Arabi)



lundi 9 juillet 2012

Le Prophète initiateur et les deux pèlerins - 5 - (Moïse & Jupiter) - Ibn'Arabi

Sixième ciel : Moïse et Jupiter

La théophanie Divine accordée à Moïse

Puis tous deux repartent en quête du sixième ciel. L'adepte est reçu par Moïse - la paix soit sur lui - avec lequel se trouve son vizir, Jupiter. Le théoricien ne connaît point Moïse, alors Jupiter le prend en charge et lui offre l'hospitalité, tandis que l'adepte fait halte chez Moïse. Ce dernier le gratifie de " douze mille sciences" relevant de la science Divine, autres que les sciences ayant trait aux cycles et aux mégacycles cosmiques dont il était déjà instruit. Et Moïse lui apprend que la "théophanie Divine" se produit en vérité "sous les formes des croyances  auxquelles on est lié", et dans les cas de besoin impérieux. Alors l'adepte se le tient pour dit. Sur ce, Moïse lui remémore "le feu qu'il était allé quérir pour les siens" (coran: 20. 10; 27. 7), et lui fait observer que DIEU ne s'était révélé à lui que dans le feu, car de cela Moïse avait pressant besoin. DIEU ne se rend visible qu'en cas d'indigence radicale. En effet, tout solliciteur souffre d'indigence à l'égard de l'objet qu'il réclame de toute nécessité.

L' irréversibilité des essences et l' ontologie des formes de manifestation .   

En ce ciel, Moïse enseigne à l'adepte comment les formes de manifestation sont évacuées (retirées) de la substance qui s'en dépouille pour revêtir d'autres formes, afin de lui faire comprendre que les individualités concrètes, (qui sont) celles des formes manifestées, ne se modifient point. Car cela entraînerait la modifications des essences métaphysiques. Les facultés de perception, en effet, dépendent des objets qu'elles perçoivent, lesquels objets ont une authenticité dont on ne saurait douter. Celui qui ignore les essences métaphysiques s'imagine que les individualités concrètes (qui procèdent) se modifient, alors qu'il n'en est rien. Par là même, on peut comprendre que la théophanie de l' Être Divin au "Jour de la Résurrection" assume une forme de manifestation telle que les hommes qui y feront face la récuseront (comme mensongère), protestant que DIEU s'en tient à l’écart. Et ils chercheront refuge auprès de LUI contre cette forme théophanique alors que c'est pourtant l' Être Divin, nul autre que LUI - du moins dans leur propre vision - car en vérité DIEU transcende toute  altération et toute modification.
...

Illustration de la "science prodigieuse" : le bâton de Moïse changé en serpent.


Moïse et son bâton
De ce ciel on apprend la "science prodigieuse" que bien peu d'hommes peuvent connaître. D'ailleurs il vaut mieux que la masse n'en ait pas connaissance. Et tel est le sens du propos dans lequel DIEU déclare à Moïse : "Nul ne connaît ce que DIEU veut, excepté Moïse et ceux que DIEU a privilégiés". "Qu'est-ce là dans ta main droite, ô Moïse ? Il répondit : c'est mon bâton" (20. 17, 18). La question porte sur les nécessités premières. Elle ne peut être résolue par l’intéressé (Moïse) qu'à travers une notion confuse, lointaine. Puis, Moïse ayant réalisé qu'il s'agit d'un bâton, dit : " C'est mon bâton sur lequel je m'appuie et avec lequel j'abats du feuillage pour mes moutons; il me sert encore à d'autres usages" (20. 18). Tout cela en tant qu'il s'agit d'un simple bâton ! 
Avez-vous remarqué que Moïse informe DIEU d'une chose qui n'est point connue a parte Dei ? Eh bien, voilà justement une réponse à la "science nécessaire" provoquée par une question concernant un objet familier immédiatement saisi (appréhendé) grâce à son caractère de première nécessité. DIEU  lui dit : " Jette-le ô Moïse !" (20. 19) - c'est-à-dire : ôte-le de ta main, bien que tu aies réalisé qu'il s'agit d'un bâton. " Moïse le jeta, et le voici - c'est à dire le bâton - devenu un serpent qui rampait" (20. 20).

Lorsque DIEU eut subtilisé le bâton - je veux dire la substance qui est celle du bâton -, celui-ci revêtit l'aspect du serpent dont la condition vitale est de ramper, de telle sorte qu'en le voyant ramper, Moïse se rendit compte que c'était un serpent. Et si Moïse n'en avait pas eu peur - puisque l'homme a peur des serpents -, nous aurions pu en conclure que DIEU a donné existence au serpent à travers un simple bâton qui s'est transformé en serpent dès l'instant où il a pris vie, et que, devenu vivant, il s'est mis à ramper sur le ventre, puisque assurément, une telle reptation n'est point le fait d'un homme. Au vrai, la forme du bâton, pour ce qui est de l'apparence extérieure, ressemble exactement à la forme des serpents. Aussi, lorsque Moïse en eut peur à cause de son apparence, DIEU lui dit : "Saisis-le et n'aies pas peur..." - c'était la crainte devant l'imprévu, puisque la chose était vraiment imprévisible. Et DIEU ajouta : " Nous allons le - pronom qui se rapporte au bâton - ramener à son premier état" (20. 21).  

L' identité foncière de la substance et la substitution des formes.

Par conséquent, les substances primitives des choses se typifient et se modalisent par le truchement des formes et accidents de la manifestation, tandis que la substance reste une et identique. C'est-à-dire, en l'occurrence, qu'elle retourne à l'état de bâton, telle qu'elle était en son essence et telle que ton oeil la percevait. De même pour le serpent qui était serpent en son essence et que ton oeil percevait comme tel, afin que Moïse sache bien : Qui voit ? Qu'est-ce qui est vu ? Et par qui cela est vu ? C'est donc un avertissement Divin à l'intention de Moïse et à notre intention, celui qu'exprima pareillement 'Alîm al-Aswad, à savoir que : "les individualités concrètes (des choses) ne se modifient point". Le bâton n'est pas un serpent, ni le serpent un bâton. Simplement la substance assume la forme du bâton avant d'assumer celle du serpent, car ce sont là des formes que DIEU - le Tout-Puissant, le Créateur - enlève à la substance primitive quand il Lui plaît pour y substituer d'autres formes.

"Les transmutations sont une absurdité"; l'alchimie de la vision et le rôle de la faculté "imaginale".
Jupiter

Si tu es perspicace, te voilà désormais initié à la science concernant "les formes des existants que tu vois". Tu conviendras que cette science est de première nécessité, puisque tu ne saurais t'en passer en la dédaignant. Il t'apparaît évident que "Les transmutations sont une absurdité".
C'est DIEU qui scrute du regard à travers quelques-uns de ses serviteurs, en vertu de quoi ils perçoivent le bâton comme étant un serpent, alors même que c'est un bâton. C'est un acte de perception Divine qui chez nous autres, est "imaginale". Il en va pareillement de tous les existants (que l'on voit). Regarde donc ! Sans la faculté des sens, tu ne dirais pas : ceci est une pierre inerte, insensible, incapable de parler, dépourvue de vie. Tu ne dirais pas : voici un végétal, voilà un animal doué de sensation et de perception, voilà un homme doué de raison. Car tout cela, c'est ton regard qui te l'apprend.


Suppose que vienne un autre individu et qu'il se mette à observer avec toi. Celui-ci voit et entend les salutations que lui adressent les pierres, les végétaux, les animaux. Les deux expériences sont vraies cependant, et la faculté dont tu uses pour nier ce que prétend l'autre est la même faculté dont il se sert lui. Chacun des deux s'appuie sur une preuve identique, pourtant leur jugement est différent. Par DIEU ! Le bâton de Moïse aurait toujours été un serpent sans cesser d'être un bâton, tout cela simultanément dans le même objet ? En fait, la vision de chacun des deux hommes ne peut enregistrer ce qu'est l'objet en soi. Nous l'avons déjà constaté et nous avons réalisé ainsi en quoi consiste la vision d'une individualité concrète. C'est la vision de l'un et de l'autre à partir d'une essence unique, immanence à la première manifestation et à aucune autre, immanence à la seconde manifestation et à aucune autre.

L'alternance des rapports d'identité.

Dis alors : DIEU ! Dis : le monde ! Dis : c'est moi ! C'est toi ! C'est lui ! C'est tout cela ensemble dans le domaine des pronoms personnels. Cela continue indéfiniment, sans interruption. Zayd s’écrie au fond de toi même : c'est lui ! Et c'est Omar ! Et lui dit de toi-même : c'est toi ! Toi tu dis de toi-même : c'est moi ! Je suis donc identique à toi (l'oeil de lui même); et cependant ce n'est point moi qui m'identifie à toi, ni à lui. De sorte que les rapports d'identité alternent, indéfiniment. Ce sont là des mers débordantes, sans fond ni rivage. La sublimité de mon Seigneur est enfouie dans ces "paillettes d'or", et si vous parvenez à connaître ce que j'ai compris, vous goûterez la délectation de l'éternité, vous éprouverez la crainte qui ne laisse aucune trêve à personne. L'effondrement de la montagne était la preuve même de sa fermeté, et le fait que Moïse ait repris conscience est la preuve qu'il s'était évanoui (coran 7. 143).

Recommandation à l'adepte; instruction du théoricien par Jupiter.

(distique) Contemple sa Face en toute occasion et ne prétends  pas en instruire quiconque.
O toi, l' "adepte mohammadien", ne méconnais point ce que j'enseigne et ne cesse jamais de Le contempler en toute forme que tu perçois, car en vérité le voile théophanique est suprêmement révélateur ! Enfin Jupiter prend l'adepte par la main et se porte avec lui au-devant du théoricien. A ce dernier elle révèle la portion de science qui dépend d'elle et que l'adepte a obtenu de la science de Moïse; du moins le lot de science relatif aux influx des sphères célestes agissant au sein des êtres constitués de la nature élémentaire. Cela et rien d'autre.

à suivre prochainement : Abraham et Saturne au septième ciel
source : l'Alchimie du bonheur parfait - Ibn'Arabi

mercredi 4 juillet 2012

Le Prophète initiateur et les deux pèlerins 4 - Ibn'Arabi

Quatrième ciel : Idriss et le Soleil

Les secrets du nychtémère cosmique, les bouleversements du coeur, l'union du jour et de la nuit.

... Lorsqu'ils y pénètrent, l'adepte est reçu par Idriss - la paix soit sur lui - et le théoricien est reçu par l'astre du Soleil. Au théoricien il arrive le même phénomène qui s'était déjà produit auparavant, de sorte que celui-ci s'attriste encore davantage. Dès que l'adepte a fait halte en présence d'Idriss, il apprend l'origine des bouleversements que subissent les choses Divines. Il découvre la signification de la parole du Prophète déclarant : "Le coeur est entre deux doigts du Miséricordieux", et la cause de ce que ces deux doigts bouleversent le coeur de fond en comble. Il contemple dans ce ciel la "nuit venant recouvrir le jour, et le jour recouvrant la nuit" (cf. 7. 53 et 13. 3); il voit comment chacun des deux est tour à tour mâle et femelle à l'égard de son alter ego, et il discerne le mystère de leur union mutuelle et de leur conjonction; il voit quels êtres sont engendrés par l'union du jour et de la nuit, et il constate la différence entre les enfants de la nuit et les enfants du jour. En effet, chacun des deux (le jour comme la nuit) est un "père" à l'égard de l'enfant qu'il engendre dans le sein de son conjoint, et il est une "mère" à l'égard de l'enfant qu'il engendre dans son propre sein.

Soleil

Les permutations des Noms Divins "al-Zâhir" et "al-Bâtin"

L'adepte obtient de ce ciel la connaissance du monde visible et du  monde invisible, la connaissance de l'occultation et de la manifestation, la connaissance de la Vie et de la Mort, du revêtement et du dénuement, de la dilection Divine et de la Miséricorde. Enfin, il appréhende sous l' "aspect Divin particulier" le Nom " Al-ZAHIR " (" Le Manifesté ") dans les formes épiphaniques cachées au regard, et le Nom " AL-BATIN " (" Le Caché ") dans les formes épiphaniques visibles, compte tenu de leur prédisposition ( à occulter l'apparent et à manifester le caché). Si bien que les Noms Divins permutent et se modalisent indéfiniment par rapport à la manifestation, en fonction de la diversité des organes qui les contemplent.

Cinquième ciel : AARON ET MARS

Aaron reçoit l'adepte avec bienveillance dans le ciel de la crainte, de la violence et du courroux.

Puis les deux pèlerins repartent en quête du cinquième ciel. L'adepte fait halte chez Aaron - la paix soit lui - et le théoricien fait halte chez Mars. La planète Mars s'excuse auprès de son compagnon et visiteur d'avoir à le faire attendre pendant qu'elle sera occupée au service d' Aaron à cause de son hôte. Arrivée chez Aaron, elle trouve près de lui son hôte (l'adepte) à qui le prophète réserve un gracieux accueil. Mars s'en étonne et en demande la raison à Aaron qui lui dit : "Voici le Ciel de la crainte, de la peur, de la violence et du courroux. Ce sont là des attributs qui inspirent l'effroi, or voici un visiteur (l'adepte) venu jusqu'ici en suivant fidèlement l'Envoyé. Il convient donc de le traiter avec égard. Cet homme est venu demander une science et réclamer une autorité Divine qu'il puisse invoquer contre les mauvaises pensées qui l'assaillent, par crainte de " celui qui outrepasse les bornes" que son Maître lui a tracées (cf. 65.1). Alors moi (Aaron), je lui en dévoile la nature exacte et je l’accueille avec bienveillance pour qu'il obtienne ce qu'il réclame en gardant l'âme sereine, pénétrée d'un Esprit-Saint".


Mission de Moïse et Aaron auprès de Pharaon.

(Ayant ainsi répondu à Mars,) Aaron se retourne ensuite vers son hôte l'adepte et lui déclare : "Voici le  Ciel du Khalifa de l'espèce humaine", et le jugement de son Imâm (ou chef) s'est dégradé, alors que c'était à l'origine la plus solide des fondations. Aussi nous fut-il ordonné de faire montre de douceur envers les tyrans oppresseurs (de l'humanité). Alors, à nous autres prophètes, il fut déclaré : "Adressez-lui (à pharaon) tous deux (Moïse et Aaron) une parole de douceur" (20. 44). DIEU, certes, n'ordonne de tenir un discours d'apaisement qu'à celui dont la puissance dépasse celle de l'homme vers qui Il l'envoie et dont la force est autrement redoutable.

La " nature cachée " de Pharaon et sa conversion au DIEU d'Israël.

Cependant, lorsque DIEU remarqua que "sur le coeur de tout homme s'était imprimé un vestige épiphanique de la tyrannie et de l'orgueil" (cf. 40. 35), et que pharaon était au fond de son âme le plus pitoyable des humbles, Il ordonna à Moïse et à Aaron de le manœuvré  par la miséricorde et la douceur, en accord avec sa "nature cachée" afin de confondre la tyrannie et l'orgueil qu'il étalait au dehors. "peut-être se rappellera-t-il ou éprouvera-t-il de la crainte ?" (20. 44). Venant de DIEU, "peut-être" et "il se peut" sont des obligations impérieuses. En sorte que, grâce à la leçon de douceur et de modération qu'il avait reçue de Moïse et d'Aaron, Pharaon se rappela ce qui était confiné dans son for intérieur, pour que chez lui la nature cachée et l'apparence extérieure deviennent enfin semblables. Dès lors, le levain ne cessa plus de fermenter dans la nature cachée de Pharaon en même temps que l'Espérance en DIEU qui hâte la rencontre de Celui que l'on espère. Et ce bon levain lui imposa sa loi jusqu'à ce que cesse son désespoir lorsque, se voyant sur le point d'être "englouti" entre ses propres ambitions et lui-même, Pharaon fit appel à cette humilité et cette détresse qu'il dissimulait en son for intérieur, afin que les croyants réalisent la soudaine montée de l'Espérance en DIEU. Alors, il s'écria : " Je crois en Celui en qui croient les enfants d'Israël et je suis au nombre des moslim" (10. 90).

DIEU dit à Pharaon : " Aujourd'hui, Nous te sauvons..."




A ce moment précis, Pharaon révéla vraiment sa "nature cachée" et quelle connaissance authentique de DIEU recelait son coeur, ce qui lui fit proclamer : "(Je crois) en Celui en qui croient les enfants d'Israël", afin de supprimer toute équivoque. De même, quand ils crurent, les magiciens (de Pharaon) s'écrièrent : "Nous croyons au Seigneur des mondes, le Seigneur de Moïse et d'Aaron" (20. 70) - c'est-à-dire : (nous croyons) en Celui qu'ils invoquent. Ils s'exprimèrent ainsi pour dissiper le doute et supprimer toute équivoque. Quant à la proclamation : "Je suis au nombre des moslim", Pharaon l'adressa à DIEU Très Haut pour que DIEU sache qu'il l'avait entendu et qu'il l'avait vu. DIEU, en retour, se fit entendre à Pharaon et lui lança ces paroles de reproche : " Maintenant" - enfin tu manifestes ouvertement ce que tu savais (en ton coeur) - "alors qu'auparavant tu étais rebelle et tu étais au nombre des corrupteurs" (90. 91), en suivant ta propre voie. DIEU ne lui dit pas : tu es au nombre des corrupteurs (mais "tu étais"). C'est donc  une parole de bon augure par laquelle DIEU  nous fait savoir que nous devons espérer sa Miséricorde, en dépit de nos excès et de nos crimes. DIEU dit ensuite : " Aujourd'hui nous te sauvons..." - annonçant cette bonne nouvelle à Pharaon avant de s'emparer de son esprit - "avec ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux qui te succéderont" (10. 92), ce qui veut dire : afin que le salut constitue un signe avertisseur pour ceux qui viendront après toi. Eh bien si DIEU a dit ce que je viens de rapporter, il en va du salut de Pharaon comme de ton propre salut !

Dans ce verset (10. 92), il n'est point dit que le malheur de l'autre monde soit inéluctable, ni que la foi de Pharaon ne fut pas agréé. Nullement ! Dans ce verset il est montré que le "malheur de ce monde-ci" ne peut être évité par ceux qui y descendent lorsqu'ils croient à l'instant même où ils en ont la vision, "excepté le peuple de Jonas" (cf.10. 98). D'où la parole Divine : " Aujourd’hui nous te sauvons avec ton corps...", parce que le châtiment infligé ne se rapporte qu'à ton "apparence extérieure".

Que personne ne désespère de la Miséricorde de DIEU.

Par là même, tu as signifié à ta créature qu'elle était sauvée du châtiment, car le commencement de la noyade était un châtiment et la mort qu'elle entraîna constitue un témoignage irrécusable et véridique devant lequel toute rébellion humaine est impuissante. Cette mort emporta Pharaon en s'emparant de sa "meilleure oeuvre" qui fut la proclamation de sa foi. Tout cela afin " que personne ne désespère de la Miséricorde de DIEU ". Car les oeuvres se jugent d'après leurs sceaux ultimes, et la foi en DIEU tourmenta sans répit la " nature cachée " de Pharaon, si bien que la Divine empreinte essentielle (de la foi scellée dans la mort) fut apposée comme un sceau sur la créature, s'interposant entre l’orgueil et les bonnes grâces humaines, pour que jamais ne s'y immisce le sombre orgueil.

Le coeur, réceptacle de la foi comme de l'aversion.


Quant au verset où DIEU dit : " Leur foi ne les secourut pas lorsqu'ils virent notre châtiment..." (40.85), c'est un propos décisif apportant toute la lumière souhaitable. Car le secours, c'est DIEU en effet, et qui donc les secourut sinon DIEU ? Il est encore ajouté : " C'est la sunna de DIEU qui naguère fut implantée au sein de ses serviteurs" (40. 85) - ce qui signifie que la foi est fonction de la vision d'un châtiment exceptionnel. Il est dit également : " Devant DIEU se prosternent ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, bon gré, mal gré" (13. 15). La finalité d'une telle foi, c'est qu'elle devienne une "aversion" que DIEU - louange à LUI - s'est Lui-même donnée en attribut. Le réceptacle de l'aversion, c'est le coeur. Le réceptacle de la foi, c'est encore le coeur !
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Aaron recommande à l'adepte d'agir avec douceur envers les choses. La colère de Moïse jetant les tables de la Loi et son repentir.


Moïse brise les tables de Loi
Considère bien, ô ami, l'effet obtenu par le "sermon de la douceur" et comme il porte ses fruits. Par conséquent, mon cher adepte, " tu dois agir avec douceur envers les choses ", car en vérité les âmes récalcitrantes se laissent mener docilement par l'inclination fâcheuse qui les entraîne. Puis Aaron recommande à l'adepte de traiter son compagnon le théoricien avec bonté. La raison pour laquelle Aaron lui fait cette recommandation, c'est que lui-même avait reçu cette leçon dont il avait fait l'expérience personnellement, lorsque Moïse " l'attrapa par les cheveux en l'attirant à lui" (7. 150). D'être saisi par la barbe et par le toupet de son front, Aaron se sentit profondément humilié. Alors il implora Moïse par le nom de ses parents et s'écria : "O fils de ma mère, ne m'attrape ni par la barbe ni par les cheveux et ne réjouis point les ennemis à mes dépens" (7. 150) - lorsque Moïse reparut devant lui rempli de violence. Et comme Aaron était l'humilité faite créature, d'avoir à subir une telle humiliation - bien qu'il fût innocent - son humiliation en fut redoublée, car il dut implorer la clémence de son frère. Telle est la raison de son injonction à cet adepte.

Or, si Moïse n'avait pas "jeté les Tables de la Loi", il n'aurait point saisi son frère par les cheveux (cf. 7. 150), car "sur leur copie étaient inscrite la Direction juste et la Miséricorde" (cf. 7. 154), comme un rappel à l'intention de Moïse. Il aurait alors traité son frère avec miséricorde et le litige qui l'opposait à son peuple lui serait apparu en toute clarté grâce à la direction (inscrite sur les Tables de la Loi).  " Et quand la colère de Moïse se fut apaisée, il reprit les Tables de la Loi" (7. 154). Alors, de tout ce qui y était écrit, son regard tomba exclusivement sur la Direction juste et la Miséricorde, aussi s'écria-t-il : " Seigneur, pardonne-moi ainsi qu'à mon frère et fais-nous entrer en Ta Miséricorde. Tu es le plus Miséricordieux de ceux qui font miséricorde " (7. 151).

Les holocaustes prescrits à Mars.

Ensuite, Aaron ordonne à Mars de placer les effusions de sang que réclame son ciel dans les holocaustes et les sacrifices de victimes animales, afin que les animaux soient ainsi rattachés au rang des hommes, puisque seul le rang humain détient la Perfection en ayant assumé le " Dépôt de la Foi ".
Après quoi, Mars s'en retourne de chez Aaron avec la quote-part (de sciences) dévolue à son hôte, le théoricien. Elle prend alors son compagnon (le théoricien) par la main et lui enseigne les doctrines relatives aux cycles cosmiques qu'elle est en mesure de lui communiquer, compte tenu de ce qu'implique sa propre condition. Cela exclusivement et rien d'autre.

à suivre... (nous parlerons de Moïse et Jupiter au sixième ciel)
extrait de l'Alchimie du Bonheur Parfait - Mohyiddin Ibn'Arabi