أدب وثقافة عربيّة /Littérature et culture arabes / Arabic literature and culture: Ibn Arabi, poète de l'Amour divin ( Préambule ):
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mercredi 25 septembre 2013
mercredi 11 septembre 2013
UN APERÇU DE LA VIE D'IBN ARABI
Le père d'Ibn'Arabi, Ali Muhammad Ibn'Arabi, partit pour Bagdad à un âge avancé. Son vœu le plus cher était de laisser un fils derrière lui lorsqu'il mourrait. Il alla voir le grand cheikh Muhyiddin Abdul Qadir Jilani et lui demanda de prier DIEU de lui accorder le don d'un fils. Le cheikh se retira et entra dans une profonde contemplation. A son retour, il informa Ali ibn Muhammad : " J'ai contemplé le monde des secrets et il m' a été révélé que tu n'auras aucun descendant, aussi ne t'épuise pas à essayer."
Bien que découragé, le vieillard ne voulait pas renoncer. Il suppliait et insistait : " O Saint, DIEU exaucera certainement tes prières. Je te demande d'intervenir pour moi en cette affaire."
Le cheikh Abdul-Qadir Jilani se retira une fois encore et tomba dans une profonde contemplation. Après quelque temps il revint et dit que bien que Ali ibn Muhammad ne fût pas destiné à avoir de descendant, le saint était lui-même destiné à en avoir un. Le vieil homme aimerait-il avoir le fils du saint ?
Son visiteur accepta avec joie. Les deux hommes se mirent dos à dos, se tenant par les bras. Ali ibn Muhammad raconta plus tard cet épisode :
" Quand je me suis trouvé dos à dos avec le saint Abdul-Qadir Jilani, je sentis quelque chose de chaud descendre de mon cou jusqu'au creux de mes reins. Quelque temps plus tard il me vint un fils, que je nommai Muhyiddin, ainsi qu'Abdul-Qadir Jilani l'avait ordonné."
Le nom complet de Muhyiddin Ibn'Arabi était Abu-Bakr Muhyiddin ibn'Ali ibn Muhammad al-Hatimi al-Ta'i al-Andalusi. On lui a donné de nombreux titres : al-cheikh al-akbar, le plus grand des cheikhs, khatim al-awliya' al-Muhammad; al-cheikh al-a'zam, le cheikh exalté; qutb al-' arifin, l'Axe du vrai savoir; imam ul-munahiyuddin, le chef religieux des convertis; rahbar ul- ' alam, le Guide du monde; et bien d'autres encore. Dans son grand enseignement, Ibn Jawziya a commenté: " Ibn'Arabi était versé en alchimie, et connaissait les secrets du plus grand Nom de DIEU, qui est caché dans le Coran." Le cheikh Sa'duddin Hamawi (1) a dit : " Muhyiddin est un océan de savoir qui n'a pas de rivages."
Muhyiddin Ibn'Arabi est né dans la ville de Murcie dans la province alors islamique d'Andalousie, en Espagne, le lundi 17 du mois saint du Ramadan de l'année 560 A.H. (le 28 juillet 1165). Son père était un soufi très renommé et respecté. Dans sa petite enfance, il fut reconnu et éduqué par deux saintes, Yasmin de Marchena et Fatima de Cordoba. A l'âge de huit ans, Ibn'Arabi et sa famille s'installèrent à Séville où il étudia avec Abu-Muhammad et ibn Bashkuwal, deux des plus grands théologiens et érudits en matière de Traditions Prophétiques de l'époque. Lorsque Ibn'Arabi eut dix-neuf ans, un ami de son père, le célèbre philosophe mystique Ibn Rushd (qu'on connaît en Occident sous le nom d'Averroès) exprima le désir de le rencontrer.
Très ému par le pouvoir intense qu'il ressentait rien qu'en échangeant quelques mots avec le jeune homme, l'érudit parla à son père en des termes qu'Ibn'Arabi rappelle de la façon suivante :
" Il remercia DIEU d'avoir pu rencontrer quelqu'un qui était entré en retraite spirituelle dans un état d'ignorance et l'avait quittée comme je l'avais fait. Il dit : " C'était un cas dont j'avais affirmé la possibilité sans rencontrer personne qui en eût fait l'expérience.
Gloire soit rendue à DIEU de ce que j'aie vécu à une époque où il existe un maître de cette expérience, l'un de ceux qui ouvrent les verrous de Ses portes. Gloire soit rendue à DIEU qui m'a accordé le don de voir l'un d'eux par moi-même".
Du fait que c'était la rumeur de "ce que DIEU avait révélé au jeune homme au cours de sa retraite spirituelle" qui avait attiré l'attention de d'Ibn Rushd, nous savons qu'Ibn'Arabi eut sa première expérience du sujet de ce livre, l'ascension mystique dans le khalwa, alors qu'il n'avait pas encore vingt ans. Il n'écrivit cependant pas Voyage vers le Maître de la Puissance avant que vingt autres années aient passé.
En 1201, à l'âge de trente-six ans, Ibn'Arabi accomplit le Pèlerinage à la Mecque. A cette époque il priait DIEU de lui révéler tout ce qui allait survenir dans les mondes matériel et spirituel. DIEU, acceptant ce vœu, lui ouvrit le monde des secrets. Sur cette question, Ibn'Arabi déclara plus tard : " Je sais le nom et la généalogie de chaque qutb qui viendra jusqu'au Jour du Jugement. Mais puisque s'opposer à ce qui est écrit entraîne une destruction certaine, par compassion pour les générations à venir j'ai décidé de dissimiler ce savoir."
Après le Pèlerinage, Ibn'Arabi voyagea en Egypte, en Irak, à Damas, s'arrêta à Konya, en Turquie, où il rencontra Sadruddin Qunyawi, un jeune érudit soufi, dont il épousa la mère. Le jeune Sadruddin devint l'un de ses plus proches disciples, qu'il enrichit d'une grande connaissance matérielle et spirituelle.
Voyage vers le Maître de la Puissance, publié à Konya par l'auteur trois ans après son Pèlerinage, s'adressait probablement à ce saint homme.
En l'année 1223, Ibn'Arabi repartit pour Damas, où il rencontra, visiblement et invisiblement, de nombreux autres maîtres soufis. C'est là qu'il passa le reste de sa vie. On pense qu'il est mort en 1240.
Ibn'Arabi fait mention de trois rencontres avec Khidr, le guide secret des soufis. Il relate leur première rencontre de la façon suivante :
" C'était au tout début de mon éducation. Mon cheikh, Abul-Hassan, attribuait de la connaissance à quelqu'un. De toute la journée je ne cessai pas d'exprimer mon désaccord. Lorsque je le quittai, en rentrant chez moi je rencontrai un être d'une grande beauté qui me fit signe et me dit : " Ce que t'a dit ton maître était exact - accepte-le." Je courus vers mon cheikh et lui racontai ce qui était arrivé. Il me dit qu'il avait prié afin que Khidr vienne à ma rencontre et confirme son enseignement. En entendant cela, je décidai une fois pour toutes de ne plus jamais entrer en désaccord avec lui."
De leur deuxième rencontre, il dit :
"... je me trouvais dans le port de Tunisie à bord d'un bateau. Une nuit je ne pus trouver le sommeil et montai faire une promenade sur le pont. Je contemplai une magnifique pleine lune, quand soudain je vis un grand homme à barbe blanche venir vers moi, marchant sur l'eau sur le flanc du bateau. J'étais stupéfait. Il vint juste devant moi et plaça son pied droit sur son pied gauche en guise de salutation. Je vis que ses pieds n'étaient pas mouillés. Il me salua, dit quelques mots, et se mit en route pour la ville de Bénares, qui se trouvait sur une colline voisine. A ma profonde stupeur il parcourait quatre kilomètres à chaque enjambée.
De loin je l'entendis chanter le Dhikr de sa belle voix. Le lendemain je me rendis en ville, où je rencontrai un cheikh qui me demanda comment s'était passée ma soirée avec Khidr, et de quoi nous avions conversé."
La troisième rencontre d'Ibn'Arabi et de Khidr, d'après une tradition, eut lieu dans une petite mosquée espagnole, sur les rives de l'Atlantique, où Ibn'Arabi faisait ses prières de midi,. Une personne qui l'accompagnait niait l'existence des miracles. Il y avait quelques autres voyageurs dans la mosquée. tout à coup il vit la même personne qu'il avait rencontrée précédemment en Tunisie. Le grand homme à barbe blanche alla chercher son tapis de prière en paille dans la niche, s'éleva de quatre mètres dans les airs, et fit sa prière de cette position. Plus tard il revint dire à Ibn'Arabi qu'il l'avait fait en guise de démonstration à l'intention du sceptique qui avait contesté l'existence de miracles.
Lorsque Muhyiddin Ibn'Arabi s'éleva au-dessus du niveau du cheikh Abul-Hassan al-Uryani, il écrit à son professeur une lettre qui disait : " Tourne-toi vers moi de tout ton cœur et pose-moi tes questions, et je tournerai vers toi de tout mon cœur et y répondrai."
Au bout de quelque temps il reçut une lettre de son professeur, qui disait :
" J'ai rêvé que tous les saints étaient réunis en cercle avec deux hommes au centre. L'un d'eux était Abul-Hassan ibn Siban. Je ne pouvais voir le visage du second. Puis j'entendis une voix disant que l'autre homme au centre était Andalou, et que l'un des deux serait le qutb de notre temps. Un verset du Coran fut chanté, les deux hommes se prosternèrent, et la voix dit : " Celui qui lèvera la tête le premier sera le qutb." L'Andalou leva la tête le premier. Je posai à la voix une question sans lettres ni mots. La voix me répondit en soufflant dans ma direction. Ce souffle contenait la réponse à toutes mes questions. Tous les saints réunis en cercle et moi-même entrâmes en extase sous l'effet de ce souffle. Je regardai le visage de l'Andalou au centre du cercle.
C'était toi, O Muhyiddin Ibn'Arabi."
source: Voyage vers le Maître de la Puissance.
Bien que découragé, le vieillard ne voulait pas renoncer. Il suppliait et insistait : " O Saint, DIEU exaucera certainement tes prières. Je te demande d'intervenir pour moi en cette affaire."
Le cheikh Abdul-Qadir Jilani se retira une fois encore et tomba dans une profonde contemplation. Après quelque temps il revint et dit que bien que Ali ibn Muhammad ne fût pas destiné à avoir de descendant, le saint était lui-même destiné à en avoir un. Le vieil homme aimerait-il avoir le fils du saint ?
Son visiteur accepta avec joie. Les deux hommes se mirent dos à dos, se tenant par les bras. Ali ibn Muhammad raconta plus tard cet épisode :
" Quand je me suis trouvé dos à dos avec le saint Abdul-Qadir Jilani, je sentis quelque chose de chaud descendre de mon cou jusqu'au creux de mes reins. Quelque temps plus tard il me vint un fils, que je nommai Muhyiddin, ainsi qu'Abdul-Qadir Jilani l'avait ordonné."
Le nom complet de Muhyiddin Ibn'Arabi était Abu-Bakr Muhyiddin ibn'Ali ibn Muhammad al-Hatimi al-Ta'i al-Andalusi. On lui a donné de nombreux titres : al-cheikh al-akbar, le plus grand des cheikhs, khatim al-awliya' al-Muhammad; al-cheikh al-a'zam, le cheikh exalté; qutb al-' arifin, l'Axe du vrai savoir; imam ul-munahiyuddin, le chef religieux des convertis; rahbar ul- ' alam, le Guide du monde; et bien d'autres encore. Dans son grand enseignement, Ibn Jawziya a commenté: " Ibn'Arabi était versé en alchimie, et connaissait les secrets du plus grand Nom de DIEU, qui est caché dans le Coran." Le cheikh Sa'duddin Hamawi (1) a dit : " Muhyiddin est un océan de savoir qui n'a pas de rivages."
Muhyiddin Ibn'Arabi est né dans la ville de Murcie dans la province alors islamique d'Andalousie, en Espagne, le lundi 17 du mois saint du Ramadan de l'année 560 A.H. (le 28 juillet 1165). Son père était un soufi très renommé et respecté. Dans sa petite enfance, il fut reconnu et éduqué par deux saintes, Yasmin de Marchena et Fatima de Cordoba. A l'âge de huit ans, Ibn'Arabi et sa famille s'installèrent à Séville où il étudia avec Abu-Muhammad et ibn Bashkuwal, deux des plus grands théologiens et érudits en matière de Traditions Prophétiques de l'époque. Lorsque Ibn'Arabi eut dix-neuf ans, un ami de son père, le célèbre philosophe mystique Ibn Rushd (qu'on connaît en Occident sous le nom d'Averroès) exprima le désir de le rencontrer.
Très ému par le pouvoir intense qu'il ressentait rien qu'en échangeant quelques mots avec le jeune homme, l'érudit parla à son père en des termes qu'Ibn'Arabi rappelle de la façon suivante :
" Il remercia DIEU d'avoir pu rencontrer quelqu'un qui était entré en retraite spirituelle dans un état d'ignorance et l'avait quittée comme je l'avais fait. Il dit : " C'était un cas dont j'avais affirmé la possibilité sans rencontrer personne qui en eût fait l'expérience.
Gloire soit rendue à DIEU de ce que j'aie vécu à une époque où il existe un maître de cette expérience, l'un de ceux qui ouvrent les verrous de Ses portes. Gloire soit rendue à DIEU qui m'a accordé le don de voir l'un d'eux par moi-même".
Du fait que c'était la rumeur de "ce que DIEU avait révélé au jeune homme au cours de sa retraite spirituelle" qui avait attiré l'attention de d'Ibn Rushd, nous savons qu'Ibn'Arabi eut sa première expérience du sujet de ce livre, l'ascension mystique dans le khalwa, alors qu'il n'avait pas encore vingt ans. Il n'écrivit cependant pas Voyage vers le Maître de la Puissance avant que vingt autres années aient passé.
En 1201, à l'âge de trente-six ans, Ibn'Arabi accomplit le Pèlerinage à la Mecque. A cette époque il priait DIEU de lui révéler tout ce qui allait survenir dans les mondes matériel et spirituel. DIEU, acceptant ce vœu, lui ouvrit le monde des secrets. Sur cette question, Ibn'Arabi déclara plus tard : " Je sais le nom et la généalogie de chaque qutb qui viendra jusqu'au Jour du Jugement. Mais puisque s'opposer à ce qui est écrit entraîne une destruction certaine, par compassion pour les générations à venir j'ai décidé de dissimiler ce savoir."
Après le Pèlerinage, Ibn'Arabi voyagea en Egypte, en Irak, à Damas, s'arrêta à Konya, en Turquie, où il rencontra Sadruddin Qunyawi, un jeune érudit soufi, dont il épousa la mère. Le jeune Sadruddin devint l'un de ses plus proches disciples, qu'il enrichit d'une grande connaissance matérielle et spirituelle.
Voyage vers le Maître de la Puissance, publié à Konya par l'auteur trois ans après son Pèlerinage, s'adressait probablement à ce saint homme.
En l'année 1223, Ibn'Arabi repartit pour Damas, où il rencontra, visiblement et invisiblement, de nombreux autres maîtres soufis. C'est là qu'il passa le reste de sa vie. On pense qu'il est mort en 1240.
Ibn'Arabi fait mention de trois rencontres avec Khidr, le guide secret des soufis. Il relate leur première rencontre de la façon suivante :
" C'était au tout début de mon éducation. Mon cheikh, Abul-Hassan, attribuait de la connaissance à quelqu'un. De toute la journée je ne cessai pas d'exprimer mon désaccord. Lorsque je le quittai, en rentrant chez moi je rencontrai un être d'une grande beauté qui me fit signe et me dit : " Ce que t'a dit ton maître était exact - accepte-le." Je courus vers mon cheikh et lui racontai ce qui était arrivé. Il me dit qu'il avait prié afin que Khidr vienne à ma rencontre et confirme son enseignement. En entendant cela, je décidai une fois pour toutes de ne plus jamais entrer en désaccord avec lui."
De leur deuxième rencontre, il dit :
"... je me trouvais dans le port de Tunisie à bord d'un bateau. Une nuit je ne pus trouver le sommeil et montai faire une promenade sur le pont. Je contemplai une magnifique pleine lune, quand soudain je vis un grand homme à barbe blanche venir vers moi, marchant sur l'eau sur le flanc du bateau. J'étais stupéfait. Il vint juste devant moi et plaça son pied droit sur son pied gauche en guise de salutation. Je vis que ses pieds n'étaient pas mouillés. Il me salua, dit quelques mots, et se mit en route pour la ville de Bénares, qui se trouvait sur une colline voisine. A ma profonde stupeur il parcourait quatre kilomètres à chaque enjambée.
De loin je l'entendis chanter le Dhikr de sa belle voix. Le lendemain je me rendis en ville, où je rencontrai un cheikh qui me demanda comment s'était passée ma soirée avec Khidr, et de quoi nous avions conversé."
La troisième rencontre d'Ibn'Arabi et de Khidr, d'après une tradition, eut lieu dans une petite mosquée espagnole, sur les rives de l'Atlantique, où Ibn'Arabi faisait ses prières de midi,. Une personne qui l'accompagnait niait l'existence des miracles. Il y avait quelques autres voyageurs dans la mosquée. tout à coup il vit la même personne qu'il avait rencontrée précédemment en Tunisie. Le grand homme à barbe blanche alla chercher son tapis de prière en paille dans la niche, s'éleva de quatre mètres dans les airs, et fit sa prière de cette position. Plus tard il revint dire à Ibn'Arabi qu'il l'avait fait en guise de démonstration à l'intention du sceptique qui avait contesté l'existence de miracles.
Lorsque Muhyiddin Ibn'Arabi s'éleva au-dessus du niveau du cheikh Abul-Hassan al-Uryani, il écrit à son professeur une lettre qui disait : " Tourne-toi vers moi de tout ton cœur et pose-moi tes questions, et je tournerai vers toi de tout mon cœur et y répondrai."
Au bout de quelque temps il reçut une lettre de son professeur, qui disait :
" J'ai rêvé que tous les saints étaient réunis en cercle avec deux hommes au centre. L'un d'eux était Abul-Hassan ibn Siban. Je ne pouvais voir le visage du second. Puis j'entendis une voix disant que l'autre homme au centre était Andalou, et que l'un des deux serait le qutb de notre temps. Un verset du Coran fut chanté, les deux hommes se prosternèrent, et la voix dit : " Celui qui lèvera la tête le premier sera le qutb." L'Andalou leva la tête le premier. Je posai à la voix une question sans lettres ni mots. La voix me répondit en soufflant dans ma direction. Ce souffle contenait la réponse à toutes mes questions. Tous les saints réunis en cercle et moi-même entrâmes en extase sous l'effet de ce souffle. Je regardai le visage de l'Andalou au centre du cercle.
C'était toi, O Muhyiddin Ibn'Arabi."
source: Voyage vers le Maître de la Puissance.
- (1191 ou 1198-1252 ou 1260) était l'un des douze héritiers du grand cheikh Najmuddin Kubra, et un célèbre soufi de son époque. Sadruddin Qunyawi, disciple d'Ibn'Arabi, assista à ses réunions quand il était adolescent. Le cheikh Hamawi était connu comme compositeur de poésie mystique et de textes soufis. On lui attribue de nombreux miracles. On dit que son âme quitta un jour son corps pendant treize jours.
mercredi 4 septembre 2013
Voyage vers le Maître de la Puissance (introduction) - Ibn'Arabi
Introduction
par Le Cheikh Muzzafer Ozak al-Jerrahi
Ce traité, qui renferme des mystères Divins, est un guide édifiant pour ceux qui recherchent la vérité et la vision. Ceux qui désirent être intimes avec DIEU, qui déambulent dans les jardins à la recherche des boutons de rose du savoir, devraient lire ce livre et apprendre à "être". Du fait que l'auteur de cet ouvrage est Ibn'Arabi, quiconque feuillette ces pages conversera avec lui.
L'influence spirituelle miraculeuse de ce saint, en orient et occident, est éclatante. Il a enseigné le Tawhid, l'Unité, à l'humanité, et continuera à l'éclairer jusqu'au Jour du Jugement Dernier. Ses enseignements sur les merveilles de la création et sa connaissance miraculeuse - exprimés dans des œuvres telles que al-Futuhat al - Makkiyya (" Livre des conquêtes spirituelles de la Mecque"), Fusus al-Hikam (" Les germes des sagesses des prophètes"), et d'autres ouvrages dont on compte plus de 500 - témoignent de son importance.
Il avait autant d'ennemis que de fervents partisans, des bigots qui comme des chauves-souris étaient aveuglés par la lumière du Saint.
Certains se font les ennemis de ceux qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne peuvent connaître ni comprendre. Même ceux qui l'ont nommé al-Cheikh al-akbar (" Le plus grand Maître") étaient de ceux qui ne le comprenaient pas. Certains d'entre eux allaient jusqu'à le détester. Le Saint ne se contenta pas de pardonner à ces personnes faibles; il déclara qu'il intercéderait en leur faveur au Jour du Jugement, car il fallait les prendre en pitié de ce qu'elles n'aient pas su le comprendre. Certes, de même que l'orfèvre connaît la valeur de l'or, le sage connaît la valeur du savoir et l'homme parfait et omniscient pardonne aux ignorants leur indigence. Cette compassion est une preuve suffisante de la perfection du Saint.
Un jour, l'un des adversaires d'Ibn'Arabi tomba malade. Le cheikh alla lui rendre visite. Il frappa à la porte et pria l'épouse du malade d'annoncer qu'il désirait présenter ses respects. La femme alla porter le message et s'en revint pour dire au cheikh que son mari ne souhaitait pas le voir. Le cheikh n'avait rien à faire dans cette maison, l'informa -t'-elle. Le lieu qui lui convenait était l'église. Le cheikh remercia la femme et déclara que puisqu'un homme bon comme son époux ne l'enverrait certainement pas en un mauvais lieu, il se conformerait à cette suggestion. Aussi après avoir prié pour la santé et le bien-être du malade, le cheikh s'en fut-il pour l'église.
Lorsqu'il arriva, il ôta ses chaussures, entra avec une humble courtoisie, et se dirigea lentement et sans bruit vers un coin, où il s'assit. Le prêtre était en train de délivrer un sermon qu'Ibn'Arabi écouta avec la plus extrême attention. Au cours de ce sermon, le cheikh eut le sentiment que le prêtre avait calomnié Jésus en lui attribuant l'affirmation d'être le fils de DIEU. Le cheikh se leva et émit courtoisement une objection à cette déclaration. " O vénérable prêtre, commença-t-il, le Saint Jésus n'a pas dit cela. Au contraire, il a annoncé la bonne nouvelle de l'arrivée du Prophète Ahmad (Mohammed, la paix et la bénédiction soient avec lui)."
Le prêtre nia que Jésus eût dit cela. Le débat se poursuivit interminablement. Pour finir le cheikh, indiquant l'image de Jésus sur le mur de l'église, dit au prêtre d'interroger Jésus lui-même. Il répondrait et déciderait une fois pour toutes. Le prêtre protesta avec véhémence, s'arguant du fait qu'une image ne pouvait répondre. " Cette image-ci le pourrait, insista le cheikh, car Dieu, qui fit parler Jésus alors qu'il n'était qu'un bébé dans les bras de la Sainte Vierge, était aussi capable de faire parler une image." La congrégation qui suivait le débat s'anima en entendant cela. Le prêtre fut contraint de se tourner vers l'image de Jésus et de s'adresser à elle : " O Fils de Dieu ! Montre-nous le chemin de la vérité. Dis-nous qui de nous deux est dans le vrai."
Par la volonté de DIEU, l'image parla et répondit : " Je ne suis pas le fils de Dieu, je suis son messager, et après moi est venu le dernier des prophètes, le Saint Ahmad; je vous l'ai annoncé, et je répète cette bonne nouvelle à présent."
Au vu de ce miracle, toute la congrégation accepta l'Islam et, avec à sa tête Ibn'Arabi, partit à la mosquée. Tandis qu'ils passaient devant la demeure du malade, on pouvait voir celui-ci, les yeux écarquillés de stupéfaction, regarder par la fenêtre ce curieux spectacle. Le saint s'arrêta, bénit et remercia l'homme qui l'avait insulté, disant qu'il fallait à lui aussi lui rendre louange du salut de toutes ces personnes.
Peu de gens comprirent le saint de son vivant. Un jour il gravit la montagne, à Damas où il prêchait, et dit : " Gens de Damas, le dieu que vous adorez est sous mes pieds."
En entendant ces mots, ils l'emprisonnèrent et s'apprêtèrent à le tuer. En fait, selon une tradition, lors de cet incident il fut martyrisé. D'après une autre tradition, un cheikh de cette époque, Abul-Hassan, l'amena à nuancer ses paroles et le sauva de la mort par le dialogue suivant :
" Comment a-t-on pu emprisonner quelqu'un, demanda-t-il à Ibn'Arabi, grâce auquel le monde des anges est venu au monde mortel ?
- Mes paroles furent prononcées, répondit le cheikh, dans l'ivresse de l'état que tu décris."
Pourtant les paroles et les œuvres d'Ibn'Arabi créèrent une réaction si violente en son temps qu'on détruisit sa tombe après sa mort sans en laisser une seule trace.
L'une de ses déclarations les plus énigmatiques fut : " Idha dakhala al-sin ila al-shin/yazhara gabru Muhyiddin." qui signifie : " Quand S entrera dans SH (les lettres sin et shin en arabe), la tombe de Muhyiddin sera découverte." Lorsque le neuvième sultan ottoman, Selim II, conquit Damas en 1516, il apprit cette déclaration de la bouche d'un érudit contemporain nommé Zembilli Ali Efendi, qui l’interprétait comme une prophétie signifiant : " Quand Selim (dont le nom commence par la lettre sin) entrera dans la cité de Sham (nom arabe de Damas, qui commence par la lettre shin) il découvrira la tombe d'Ibn'Arabi." Alors le Sultan Selim découvrit grâce aux théologiens de la ville l'endroit où le Saint avait déclaré : " Le dieu que vous adorez est sous mes pieds", et le fit creuser. Il découvrit d'abord un trésor de pièces d'or, qui révélait ce que le Saint avait voulu dire. Et à proximité, il trouva la tombe de celui-ci. Avec le trésor, le Sultan Selim fit construire un magnifique mausolée, qui est aussi une mosquée, sur le site de la tombe. Il se dresse encore aujourd'hui dans la ville de Damas, en un lieu qu'on appelle Salihiyya, sur les pentes de la montagne Qasiyun.
Muhibbudin al-Tabari (1) attribue l'histoire suivante à sa mère :
" Muhyiddin Ibn'Arabi était en train de délivrer un sermon à la Kaaba sur la signification de la Kaaba. En mon for intérieur, je n'étais pas d'accord avec son enseignement.
Cette nuit-là je vis le cheikh en rêve. Dans ce songe, Fakhruddin al-Razi, un des plus grands théologiens de l'époque, venait au Pèlerinage en grande pompe et en grand appareil, et marchait autour de la Kaaba. Ses yeux se posèrent sur un homme simple dans son habit de pèlerin, qui se trouvait-là, assis tranquillement. Il se dit lui-même : " L'insolence de cet homme, qui ne se lève pas en présence d'un grand personnage tel que moi !" Un peu plus tard, il alla prêcher à la Grande Mosquée de la Mecque. Toute la population de la ville sainte s'était rassemblée pour entendre les paroles de ce célèbre érudit qui était l'auteur de l'interprétation la plus importante du Coran. Fakhruddin al-Razi monta lentement à la chaire et commença : " O grande congrégation de Musulmans" et rien d'autre ne sortit de sa bouche. On aurait dit que tout le contenu de son esprit avait été effacé. Il se mit à transpirer d'embarras. Il s'excusa, disant qu'il ne se sentait pas bien, et quitta la chaire sans un mot.
Quand il arriva chez lui, il protesta et pria : " O Seigneur, qu'ai-je donc fait pour que tu me punisses en me plongeant dans un tel embarras ?" Cette nuit-là il lui fut montré en rêve l'homme auquel il avait en secret reproché de ne pas se tenir debout en sa présence. C'était Muhyiddin Ibn'Arabi. Pendant des jours et des jours il le chercha. Alors qu'il venait d'abandonner tout espoir de le trouver, on frappa à la porte, et Ibn'Arabi se trouva là, debout, devant-lui. Il demanda pardon, et son savoir lui fut rendu."
A une époque récente se produisit le cas d'un autre érudit, Ibrahim Haleri, l'imam de la mosquée Fatih d'Istamboul, homme extrêmement orthodoxe qui s'opposait aux enseignements religieux d'Ibn'Arabi. Un jour, lors d'une discussion passionnée avec des gens qui défendaient le Cheikh, il tapa du pied en disant : " Si j'avais été là, je lui aurais écrasé la tête comme ça !" Ce faisant, il marcha sur un clou énorme. La blessure ne guérit jamais, et provoqua sa mort. (La mosquée Fatih a un sol de pierre, et non un plancher.)
Selon une tradition orale, un jour à Damas Ibn'Arabi vit un beau jeune garçon juif. Alors qu'il le regardait, le garçon vint vers lui et l'appela "père". A partir de ce jour le garçon ne le quitta plus. Son père le chercha, le trouva avec le Cheikh, et voulut le ramener avec lui.
Le garçon ne le reconnut pas et affirma que le Cheikh était son père. Celui-ci, stupéfié, dit au Cheikh qu'il pouvait lui présenter des centaines de témoins pour prouver que le garçon était bien son fils. Le Cheikh répondit : " Si le garçon affirme que je suis son père, alors je suis son père." Le père se rendit au tribunal pour réclamer son enfant, et présenta des centaines de témoins. Lorsque le juge demanda au Cheikh si l'enfant était bien de lui, le Cheikh exigea qu'on pose la question au garçon. Celui-ci déclara que le Cheikh était son père. Alors le Cheikh demanda aux témoins si cet enfant juif avait appris le Coran. Ils répondirent : " Comment un enfant juif pourrait-il avoir apprendre le Coran ?" Le juge demanda au garçon de réciter le Coran, ce qu'il fit avec une grande beauté. Alors le Cheikh demanda aux témoins si l'enfant connaissait les traditions du Prophète Mohammed. Ils répondirent : " Comment un enfant juif pourrait-il connaître une telle science, qui ne correspond pas à son mode de vie ?" Le juge interrogea minutieusement le garçon au sujet des traditions prophétiques. L'enfant répondit à chacune de ses questions correctement et de manière complète. Les juifs qui comprirent ce miracle acceptèrent l'Islam.
L'histoire qui suit est incluse vers la fin de Futuha al-Makkiya : dans l'atmosphère orthodoxe d'une école de droit canon, un professeur enseignait la racine du mot qui signifie "hérétique" (zindiq). Certains étudiants malicieux se demandèrent si cela ne venait pas du mot zenuddin, qui veut dire "femme religieuse". Un autre étudiant dit "Zindiq est quelqu'un comme Muhyiddin Ibn'Arabi...
N'est-ce-pas, Maître ?" Le professeur répondit brièvement "oui".
C'était le Ramadan, le mois de jeûne, et le professeur avait invité les étudiants chez lui pour rompre le jeûne en sa compagnie. Assis en attendant le début du repas, les mêmes étudiants malicieux taquinèrent leur maître : " Si tu ne peux pas nous révéler le nom du plus grand saint de notre époque, nous ne romprons pas le jeûne avec ta nourriture." Le professeur répondit que le plus grand Cheikh de tous les temps était Muhyiddin Ibn'Arabi.
Les étudiants protestèrent, disant que plus tôt à l'école, quand ils avaient donné Ibn'Arabi comme exemple d'hérétique, il avait approuvé. Et voilà qu'il affirmait que le Cheikh était le plus grand saint de tous ceux de leur époque ! Le professeur répondit, l'ombre d'un sourire aux lèvres : " A l'école nous nous trouvons entre gens d'orthodoxie, des érudits et des légistes; ici nous sommes entre gens d'amour."
source: Voyage vers le Maître de la Puissance (Ibn'Arabi)
L'influence spirituelle miraculeuse de ce saint, en orient et occident, est éclatante. Il a enseigné le Tawhid, l'Unité, à l'humanité, et continuera à l'éclairer jusqu'au Jour du Jugement Dernier. Ses enseignements sur les merveilles de la création et sa connaissance miraculeuse - exprimés dans des œuvres telles que al-Futuhat al - Makkiyya (" Livre des conquêtes spirituelles de la Mecque"), Fusus al-Hikam (" Les germes des sagesses des prophètes"), et d'autres ouvrages dont on compte plus de 500 - témoignent de son importance.
Il avait autant d'ennemis que de fervents partisans, des bigots qui comme des chauves-souris étaient aveuglés par la lumière du Saint.
Certains se font les ennemis de ceux qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne peuvent connaître ni comprendre. Même ceux qui l'ont nommé al-Cheikh al-akbar (" Le plus grand Maître") étaient de ceux qui ne le comprenaient pas. Certains d'entre eux allaient jusqu'à le détester. Le Saint ne se contenta pas de pardonner à ces personnes faibles; il déclara qu'il intercéderait en leur faveur au Jour du Jugement, car il fallait les prendre en pitié de ce qu'elles n'aient pas su le comprendre. Certes, de même que l'orfèvre connaît la valeur de l'or, le sage connaît la valeur du savoir et l'homme parfait et omniscient pardonne aux ignorants leur indigence. Cette compassion est une preuve suffisante de la perfection du Saint.
Un jour, l'un des adversaires d'Ibn'Arabi tomba malade. Le cheikh alla lui rendre visite. Il frappa à la porte et pria l'épouse du malade d'annoncer qu'il désirait présenter ses respects. La femme alla porter le message et s'en revint pour dire au cheikh que son mari ne souhaitait pas le voir. Le cheikh n'avait rien à faire dans cette maison, l'informa -t'-elle. Le lieu qui lui convenait était l'église. Le cheikh remercia la femme et déclara que puisqu'un homme bon comme son époux ne l'enverrait certainement pas en un mauvais lieu, il se conformerait à cette suggestion. Aussi après avoir prié pour la santé et le bien-être du malade, le cheikh s'en fut-il pour l'église.
Lorsqu'il arriva, il ôta ses chaussures, entra avec une humble courtoisie, et se dirigea lentement et sans bruit vers un coin, où il s'assit. Le prêtre était en train de délivrer un sermon qu'Ibn'Arabi écouta avec la plus extrême attention. Au cours de ce sermon, le cheikh eut le sentiment que le prêtre avait calomnié Jésus en lui attribuant l'affirmation d'être le fils de DIEU. Le cheikh se leva et émit courtoisement une objection à cette déclaration. " O vénérable prêtre, commença-t-il, le Saint Jésus n'a pas dit cela. Au contraire, il a annoncé la bonne nouvelle de l'arrivée du Prophète Ahmad (Mohammed, la paix et la bénédiction soient avec lui)."
Le prêtre nia que Jésus eût dit cela. Le débat se poursuivit interminablement. Pour finir le cheikh, indiquant l'image de Jésus sur le mur de l'église, dit au prêtre d'interroger Jésus lui-même. Il répondrait et déciderait une fois pour toutes. Le prêtre protesta avec véhémence, s'arguant du fait qu'une image ne pouvait répondre. " Cette image-ci le pourrait, insista le cheikh, car Dieu, qui fit parler Jésus alors qu'il n'était qu'un bébé dans les bras de la Sainte Vierge, était aussi capable de faire parler une image." La congrégation qui suivait le débat s'anima en entendant cela. Le prêtre fut contraint de se tourner vers l'image de Jésus et de s'adresser à elle : " O Fils de Dieu ! Montre-nous le chemin de la vérité. Dis-nous qui de nous deux est dans le vrai."
Par la volonté de DIEU, l'image parla et répondit : " Je ne suis pas le fils de Dieu, je suis son messager, et après moi est venu le dernier des prophètes, le Saint Ahmad; je vous l'ai annoncé, et je répète cette bonne nouvelle à présent."
Au vu de ce miracle, toute la congrégation accepta l'Islam et, avec à sa tête Ibn'Arabi, partit à la mosquée. Tandis qu'ils passaient devant la demeure du malade, on pouvait voir celui-ci, les yeux écarquillés de stupéfaction, regarder par la fenêtre ce curieux spectacle. Le saint s'arrêta, bénit et remercia l'homme qui l'avait insulté, disant qu'il fallait à lui aussi lui rendre louange du salut de toutes ces personnes.
Peu de gens comprirent le saint de son vivant. Un jour il gravit la montagne, à Damas où il prêchait, et dit : " Gens de Damas, le dieu que vous adorez est sous mes pieds."
En entendant ces mots, ils l'emprisonnèrent et s'apprêtèrent à le tuer. En fait, selon une tradition, lors de cet incident il fut martyrisé. D'après une autre tradition, un cheikh de cette époque, Abul-Hassan, l'amena à nuancer ses paroles et le sauva de la mort par le dialogue suivant :
" Comment a-t-on pu emprisonner quelqu'un, demanda-t-il à Ibn'Arabi, grâce auquel le monde des anges est venu au monde mortel ?
- Mes paroles furent prononcées, répondit le cheikh, dans l'ivresse de l'état que tu décris."
Pourtant les paroles et les œuvres d'Ibn'Arabi créèrent une réaction si violente en son temps qu'on détruisit sa tombe après sa mort sans en laisser une seule trace.
L'une de ses déclarations les plus énigmatiques fut : " Idha dakhala al-sin ila al-shin/yazhara gabru Muhyiddin." qui signifie : " Quand S entrera dans SH (les lettres sin et shin en arabe), la tombe de Muhyiddin sera découverte." Lorsque le neuvième sultan ottoman, Selim II, conquit Damas en 1516, il apprit cette déclaration de la bouche d'un érudit contemporain nommé Zembilli Ali Efendi, qui l’interprétait comme une prophétie signifiant : " Quand Selim (dont le nom commence par la lettre sin) entrera dans la cité de Sham (nom arabe de Damas, qui commence par la lettre shin) il découvrira la tombe d'Ibn'Arabi." Alors le Sultan Selim découvrit grâce aux théologiens de la ville l'endroit où le Saint avait déclaré : " Le dieu que vous adorez est sous mes pieds", et le fit creuser. Il découvrit d'abord un trésor de pièces d'or, qui révélait ce que le Saint avait voulu dire. Et à proximité, il trouva la tombe de celui-ci. Avec le trésor, le Sultan Selim fit construire un magnifique mausolée, qui est aussi une mosquée, sur le site de la tombe. Il se dresse encore aujourd'hui dans la ville de Damas, en un lieu qu'on appelle Salihiyya, sur les pentes de la montagne Qasiyun.
Muhibbudin al-Tabari (1) attribue l'histoire suivante à sa mère :
" Muhyiddin Ibn'Arabi était en train de délivrer un sermon à la Kaaba sur la signification de la Kaaba. En mon for intérieur, je n'étais pas d'accord avec son enseignement.
Cette nuit-là je vis le cheikh en rêve. Dans ce songe, Fakhruddin al-Razi, un des plus grands théologiens de l'époque, venait au Pèlerinage en grande pompe et en grand appareil, et marchait autour de la Kaaba. Ses yeux se posèrent sur un homme simple dans son habit de pèlerin, qui se trouvait-là, assis tranquillement. Il se dit lui-même : " L'insolence de cet homme, qui ne se lève pas en présence d'un grand personnage tel que moi !" Un peu plus tard, il alla prêcher à la Grande Mosquée de la Mecque. Toute la population de la ville sainte s'était rassemblée pour entendre les paroles de ce célèbre érudit qui était l'auteur de l'interprétation la plus importante du Coran. Fakhruddin al-Razi monta lentement à la chaire et commença : " O grande congrégation de Musulmans" et rien d'autre ne sortit de sa bouche. On aurait dit que tout le contenu de son esprit avait été effacé. Il se mit à transpirer d'embarras. Il s'excusa, disant qu'il ne se sentait pas bien, et quitta la chaire sans un mot.
Quand il arriva chez lui, il protesta et pria : " O Seigneur, qu'ai-je donc fait pour que tu me punisses en me plongeant dans un tel embarras ?" Cette nuit-là il lui fut montré en rêve l'homme auquel il avait en secret reproché de ne pas se tenir debout en sa présence. C'était Muhyiddin Ibn'Arabi. Pendant des jours et des jours il le chercha. Alors qu'il venait d'abandonner tout espoir de le trouver, on frappa à la porte, et Ibn'Arabi se trouva là, debout, devant-lui. Il demanda pardon, et son savoir lui fut rendu."
A une époque récente se produisit le cas d'un autre érudit, Ibrahim Haleri, l'imam de la mosquée Fatih d'Istamboul, homme extrêmement orthodoxe qui s'opposait aux enseignements religieux d'Ibn'Arabi. Un jour, lors d'une discussion passionnée avec des gens qui défendaient le Cheikh, il tapa du pied en disant : " Si j'avais été là, je lui aurais écrasé la tête comme ça !" Ce faisant, il marcha sur un clou énorme. La blessure ne guérit jamais, et provoqua sa mort. (La mosquée Fatih a un sol de pierre, et non un plancher.)
Selon une tradition orale, un jour à Damas Ibn'Arabi vit un beau jeune garçon juif. Alors qu'il le regardait, le garçon vint vers lui et l'appela "père". A partir de ce jour le garçon ne le quitta plus. Son père le chercha, le trouva avec le Cheikh, et voulut le ramener avec lui.
Le garçon ne le reconnut pas et affirma que le Cheikh était son père. Celui-ci, stupéfié, dit au Cheikh qu'il pouvait lui présenter des centaines de témoins pour prouver que le garçon était bien son fils. Le Cheikh répondit : " Si le garçon affirme que je suis son père, alors je suis son père." Le père se rendit au tribunal pour réclamer son enfant, et présenta des centaines de témoins. Lorsque le juge demanda au Cheikh si l'enfant était bien de lui, le Cheikh exigea qu'on pose la question au garçon. Celui-ci déclara que le Cheikh était son père. Alors le Cheikh demanda aux témoins si cet enfant juif avait appris le Coran. Ils répondirent : " Comment un enfant juif pourrait-il avoir apprendre le Coran ?" Le juge demanda au garçon de réciter le Coran, ce qu'il fit avec une grande beauté. Alors le Cheikh demanda aux témoins si l'enfant connaissait les traditions du Prophète Mohammed. Ils répondirent : " Comment un enfant juif pourrait-il connaître une telle science, qui ne correspond pas à son mode de vie ?" Le juge interrogea minutieusement le garçon au sujet des traditions prophétiques. L'enfant répondit à chacune de ses questions correctement et de manière complète. Les juifs qui comprirent ce miracle acceptèrent l'Islam.
L'histoire qui suit est incluse vers la fin de Futuha al-Makkiya : dans l'atmosphère orthodoxe d'une école de droit canon, un professeur enseignait la racine du mot qui signifie "hérétique" (zindiq). Certains étudiants malicieux se demandèrent si cela ne venait pas du mot zenuddin, qui veut dire "femme religieuse". Un autre étudiant dit "Zindiq est quelqu'un comme Muhyiddin Ibn'Arabi...
N'est-ce-pas, Maître ?" Le professeur répondit brièvement "oui".
C'était le Ramadan, le mois de jeûne, et le professeur avait invité les étudiants chez lui pour rompre le jeûne en sa compagnie. Assis en attendant le début du repas, les mêmes étudiants malicieux taquinèrent leur maître : " Si tu ne peux pas nous révéler le nom du plus grand saint de notre époque, nous ne romprons pas le jeûne avec ta nourriture." Le professeur répondit que le plus grand Cheikh de tous les temps était Muhyiddin Ibn'Arabi.
Les étudiants protestèrent, disant que plus tôt à l'école, quand ils avaient donné Ibn'Arabi comme exemple d'hérétique, il avait approuvé. Et voilà qu'il affirmait que le Cheikh était le plus grand saint de tous ceux de leur époque ! Le professeur répondit, l'ombre d'un sourire aux lèvres : " A l'école nous nous trouvons entre gens d'orthodoxie, des érudits et des légistes; ici nous sommes entre gens d'amour."
source: Voyage vers le Maître de la Puissance (Ibn'Arabi)
- (1218-1195), juriste et traditionaliste de la Mecque, auteur d'une série très connue de hadith et dont 216 œuvres ont survécu.
mercredi 28 août 2013
Voyage vers le Maître de la Puissance - Ibn'Arabi
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| Allâh le Nom de DIEU |
Le voyage vers le Maître de la Puissance, qui est fort connu en arabe sous le titre Risalat ul-anwar fima yumnah sahib al-khalwa min al-asrar (" Traité sur les lumières dans les secrets accordés à celui qui entreprend la retraite"), de Muhyiddin Ibn ul-Arabi (1165-1240), fut originellement publié à Konya, en Turquie. Il existe actuellement quelques soixante-dix copies du manuscrit dans les bibliothèques de par le monde, sous ce titre ou des variantes telles que " Le livre du voyage vers la réalité" et " Le livre de la retraite". Il y a eu deux éditions publiées en arabe: celle du Caire, en 1914, et celle d'Hyderabad, en 1948. Ceci est la première publication de l'ouvrage en anglais.
Il n'existe aucune édition critique du Voyage vers le Maître de la Puissance. J'ai consulté aussi bien les éditions imprimées du texte que la copie partielle du manuscrit, datant du XVIIéme siècle, et appartenant à la collection Garrett de l'université de Princeton. Toutefois, la traduction suit pour une bonne part une troisième version imprimée qui accompagne le commentaire.
A propos de ce commentaire, al-Isar 'an risatlat-ul-anwar fima yatajalla li ahl il-dhikr min al-asrar (" Dévoilement du "Traité sur les secrets révélés au peuple du Dhikr") d'Abdul Karim Jili (1365-1408), on dispose de bien peu d'informations. Il n'est pas daté; les sources bibliographiques ne font référence qu'à deux manuscrits. Il existe aussi sous le titre de Sharh ul-khalwat il-mutlag (" Explication de la retraite absolue"). La seule version que j'aie pu me procurer fut publiée an arabe à Damas en 1929. Les fragments publiés ici représentent également la première traduction anglaise du commentaire.
Le Voyage vers le Maître de la Puissance, d'Ibn'Arabi, fut écrit, ainsi que le montre le texte, en réponse aux questions d'un ami dont le nom n'est pas mentionné et qui était lui-même un saint et un maître soufi. Bien qu'il fût l'auteur de nombreux volumes, Ibn'Arabi affirmait n'avoir rien écrit autrement qu'en obéissant à un commandement Divin. Dans cette lettre, il traite des conditions, des expériences, et des résultats de l'annihilation en DIEU.
Voyage vers le Maître de la Puissance est une discussion du khalwa, la retraite spirituelle, pratique soufie avancée et dangereuse qui vise à atteindre la présence de DIEU par un renoncement total au monde. Le khalwa n'est en aucune façon une technique applicable par tous. Ibn'Arabi déclare explicitement qu'en raison des tromperies qu crée l'imagination, on ne peut l'entreprendre que sur ordre d'un cheikh, ou de quelqu'un qui a acquis la maîtrise de lui-même.
Il indique en outre que poursuivre les expériences du khalwa sans être parfaitement accompli en ce qui concerne les devoirs et la pratique de l'Islam est une invitation à la destruction personnelle. Enfin, chaque étape de l’ascension qu'il décrit est une tentation, et y succomber n'apporterait que calamité et égarement. Seul celui dont le désir de DIEU est irrésistible et qui ne se soucie de rien d'autre est sauf en de telles circonstances.
La pratique du khalwa fut initiée dans l'Islam par le Prophète Mohammed (que la Paix et la Bénédiction d'Allâh soient sur lui), qui avait coutume de se retirer dans une grotte du mont Hira pour se livrer à la contemplation. L'ascension spirituelle qui gravit tous les degrés de l'existence menant à la présence de DIEU, telle que la décrit Ibn'Arabi, possède également un précédent prophétique. Dans son grand voyage nocturne et son ascension, Mohammed se trouva transporté - en un instant qui valait 70 000 années - de la Mecque à Jérusalem et de Jérusalem à travers les cieux, à la Présence du DIEU Aimé, puis en revint.
Selon une tradition, Abu-Jahl, l'un des plus grands ennemis et persécuteurs du Prophète, entendit relater cet épisode et alla voir Mohammed. Le Prophète le reçut.
"Lève un pied du sol", dit Abu-Jahl.
Le Prophète obéit.
"Maintenant lève l'autre, reprit-il.
- Je ne peux pas, répondit le Prophète.
- Comment peux-tu, toi qui est incapable de lever les deux pieds du sol, affirmer que tu es allé au septième ciel la nuit dernière ?
- Ah, mais je n'ai pas dit que j'y suis allé, répondit le Prophète. J'ai dit que j'y ai été transporté."
Ainsi que le fait remarquer Abdul-Karim Jili dans son commentaire, le don de cette ascension, accordé sans préparation aux Prophètes, doit être mérité par les saints.
Son prix est la perfection des arts intérieurs et extérieurs de l'Islam, c'est à dire la soumission à DIEU. Sans la connaissance acquise grâce à la Loi sacrée et la bataille intérieure avec l’ego, il ne peut y avoir aucune contemplation, car comme l'écrit Ibn'Arabi :
" La révélation correspond à l'étendue et la forme de la connaissance. La connaissance de Lui, qui découle de Lui, que tu acquiers au moment de ta lutte et de ton entraînement, tu la réaliseras dans la contemplation. Mais ce que tu contempleras de Lui aura la forme de la connaissance que tu auras acquise auparavant. Tu n'avances en rien sinon par ton transfert de la connaissance ('ilm) à la vision (ayn); et la forme est une."
Voyage vers le Maître de la Puissance, en l'espace d'une lettre brève et extrêmement condensée, touche à de nombreux thèmes qui ne trouvent leur complet développement que dans les autres œuvres d'Ibn'Arabi. Abdul-Karim Jili le fait clairement remarquer dans son commentaire, et éclaire d'autres déclarations aussi obscures par sa connaissance, sa familiarité profondes avec l'oeuvre d'Ibn Arabi. Les commentaires qu'il a produits de certains des passages les plus difficiles ont été ajoutés sous forme de notes.
De nombreuses histoires où Ibn'Arabi intervient nous ont été transmises. Plusieurs d'entre elles sont relatées dans l'introduction. On sait bien moins de choses, en revanche, d'Abdul-Karim Jili. Cet homme fort respecté, qui mourut entre 1408 et 1417, était aussi un cheikh, descendant du grand saint Abdul-Qadir Jilani. Il est le principal systématiseur et l'un des plus grands interprètes de l'oeuvre d'Ibn'Arabi. Son livre, al-Insan al-kamil (" L'homme parfait"), qui explique les enseignements d'Ibn'Arabi quant à la structure de la réalité et de la perfection humaine, est considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature soufie.
On a dit que l'objet du soufisme était la production de saints. Dans l'Islam, on appelle les saints awliya, les amis de DIEU. Le Coran décrit leur état : " les amis d'Allâh - aucune peur ne tombe sur eux, et ils ne s'affligent pas." (10 : 62). Les awliya sont ceux en lesquels il ne subsiste aucune trace de fausse existence. DIEU les garde dans une soumission parfaite, si bien que leurs actions sont Ses actions. Un hadith qudsi dit : " Rien ne m'est plus agréable, parmi les moyens qu'a mon serviteur de se rapprocher de moi, que le culte auquel je l'ai soumis; et mon serviteur ne cesse de s'approcher de moi avec des dévotions volontaires accrues jusqu'à ce que je l'aime; et quand je l'aime je deviens l'ouïe avec laquelle il entend et l’œil avec lequel il voit et la main avec laquelle il prend et le pied avec lequel il marche." Grâce aux saints, dont la vie porte témoignage d'un tel état, l'humanité pourrait comprendre l'oeuvre pour laquelle elle a été créée, et reconnaître que l'être humain véritable est le représentant de DIEU. Par une promesse Divine, le monde n'en sera pas dépourvu jusqu'à la fin des temps.
J'aimerai mentionner l'assistance que m'ont apportée le professeur Roy Parviz Mottahedeh de l'université de Princeton et M. Simon Bryquer de New York pour la révision du manuscrit.
Gloire soit rendue à Allâh pour la générosité du al-Hajj Cheikh Muzafferuddin Ozak Efendi al-Jerrahi al-Halveti d'Istamboul, dont les paroles offrent une introduction édifiante au texte d'Ibn'Arabi, et pour le soutien inestimable du al-Hajj Cheikh Tosun Bekir Bayrak Efendi al-Jerrahi al-Haveti de New-York.
J'aimerai dédier cette traduction à mon père et à ma mère.
Toute erreur contenue dans ce livre serait mienne; mais à Lui seul revient l'éloge.
Puisse le lecteur trouver cette lecture profitable.
Préface de Rabia Terri Harris.
à suivre... (l'introduction)
Il n'existe aucune édition critique du Voyage vers le Maître de la Puissance. J'ai consulté aussi bien les éditions imprimées du texte que la copie partielle du manuscrit, datant du XVIIéme siècle, et appartenant à la collection Garrett de l'université de Princeton. Toutefois, la traduction suit pour une bonne part une troisième version imprimée qui accompagne le commentaire.
A propos de ce commentaire, al-Isar 'an risatlat-ul-anwar fima yatajalla li ahl il-dhikr min al-asrar (" Dévoilement du "Traité sur les secrets révélés au peuple du Dhikr") d'Abdul Karim Jili (1365-1408), on dispose de bien peu d'informations. Il n'est pas daté; les sources bibliographiques ne font référence qu'à deux manuscrits. Il existe aussi sous le titre de Sharh ul-khalwat il-mutlag (" Explication de la retraite absolue"). La seule version que j'aie pu me procurer fut publiée an arabe à Damas en 1929. Les fragments publiés ici représentent également la première traduction anglaise du commentaire.
Le Voyage vers le Maître de la Puissance, d'Ibn'Arabi, fut écrit, ainsi que le montre le texte, en réponse aux questions d'un ami dont le nom n'est pas mentionné et qui était lui-même un saint et un maître soufi. Bien qu'il fût l'auteur de nombreux volumes, Ibn'Arabi affirmait n'avoir rien écrit autrement qu'en obéissant à un commandement Divin. Dans cette lettre, il traite des conditions, des expériences, et des résultats de l'annihilation en DIEU.
Voyage vers le Maître de la Puissance est une discussion du khalwa, la retraite spirituelle, pratique soufie avancée et dangereuse qui vise à atteindre la présence de DIEU par un renoncement total au monde. Le khalwa n'est en aucune façon une technique applicable par tous. Ibn'Arabi déclare explicitement qu'en raison des tromperies qu crée l'imagination, on ne peut l'entreprendre que sur ordre d'un cheikh, ou de quelqu'un qui a acquis la maîtrise de lui-même.
Il indique en outre que poursuivre les expériences du khalwa sans être parfaitement accompli en ce qui concerne les devoirs et la pratique de l'Islam est une invitation à la destruction personnelle. Enfin, chaque étape de l’ascension qu'il décrit est une tentation, et y succomber n'apporterait que calamité et égarement. Seul celui dont le désir de DIEU est irrésistible et qui ne se soucie de rien d'autre est sauf en de telles circonstances.
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| Mont Hira à la Mecque |
La pratique du khalwa fut initiée dans l'Islam par le Prophète Mohammed (que la Paix et la Bénédiction d'Allâh soient sur lui), qui avait coutume de se retirer dans une grotte du mont Hira pour se livrer à la contemplation. L'ascension spirituelle qui gravit tous les degrés de l'existence menant à la présence de DIEU, telle que la décrit Ibn'Arabi, possède également un précédent prophétique. Dans son grand voyage nocturne et son ascension, Mohammed se trouva transporté - en un instant qui valait 70 000 années - de la Mecque à Jérusalem et de Jérusalem à travers les cieux, à la Présence du DIEU Aimé, puis en revint.
Selon une tradition, Abu-Jahl, l'un des plus grands ennemis et persécuteurs du Prophète, entendit relater cet épisode et alla voir Mohammed. Le Prophète le reçut.
"Lève un pied du sol", dit Abu-Jahl.
Le Prophète obéit.
"Maintenant lève l'autre, reprit-il.
- Je ne peux pas, répondit le Prophète.
- Comment peux-tu, toi qui est incapable de lever les deux pieds du sol, affirmer que tu es allé au septième ciel la nuit dernière ?
- Ah, mais je n'ai pas dit que j'y suis allé, répondit le Prophète. J'ai dit que j'y ai été transporté."
Ainsi que le fait remarquer Abdul-Karim Jili dans son commentaire, le don de cette ascension, accordé sans préparation aux Prophètes, doit être mérité par les saints.
Son prix est la perfection des arts intérieurs et extérieurs de l'Islam, c'est à dire la soumission à DIEU. Sans la connaissance acquise grâce à la Loi sacrée et la bataille intérieure avec l’ego, il ne peut y avoir aucune contemplation, car comme l'écrit Ibn'Arabi :
" La révélation correspond à l'étendue et la forme de la connaissance. La connaissance de Lui, qui découle de Lui, que tu acquiers au moment de ta lutte et de ton entraînement, tu la réaliseras dans la contemplation. Mais ce que tu contempleras de Lui aura la forme de la connaissance que tu auras acquise auparavant. Tu n'avances en rien sinon par ton transfert de la connaissance ('ilm) à la vision (ayn); et la forme est une."
Voyage vers le Maître de la Puissance, en l'espace d'une lettre brève et extrêmement condensée, touche à de nombreux thèmes qui ne trouvent leur complet développement que dans les autres œuvres d'Ibn'Arabi. Abdul-Karim Jili le fait clairement remarquer dans son commentaire, et éclaire d'autres déclarations aussi obscures par sa connaissance, sa familiarité profondes avec l'oeuvre d'Ibn Arabi. Les commentaires qu'il a produits de certains des passages les plus difficiles ont été ajoutés sous forme de notes.
De nombreuses histoires où Ibn'Arabi intervient nous ont été transmises. Plusieurs d'entre elles sont relatées dans l'introduction. On sait bien moins de choses, en revanche, d'Abdul-Karim Jili. Cet homme fort respecté, qui mourut entre 1408 et 1417, était aussi un cheikh, descendant du grand saint Abdul-Qadir Jilani. Il est le principal systématiseur et l'un des plus grands interprètes de l'oeuvre d'Ibn'Arabi. Son livre, al-Insan al-kamil (" L'homme parfait"), qui explique les enseignements d'Ibn'Arabi quant à la structure de la réalité et de la perfection humaine, est considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature soufie.
On a dit que l'objet du soufisme était la production de saints. Dans l'Islam, on appelle les saints awliya, les amis de DIEU. Le Coran décrit leur état : " les amis d'Allâh - aucune peur ne tombe sur eux, et ils ne s'affligent pas." (10 : 62). Les awliya sont ceux en lesquels il ne subsiste aucune trace de fausse existence. DIEU les garde dans une soumission parfaite, si bien que leurs actions sont Ses actions. Un hadith qudsi dit : " Rien ne m'est plus agréable, parmi les moyens qu'a mon serviteur de se rapprocher de moi, que le culte auquel je l'ai soumis; et mon serviteur ne cesse de s'approcher de moi avec des dévotions volontaires accrues jusqu'à ce que je l'aime; et quand je l'aime je deviens l'ouïe avec laquelle il entend et l’œil avec lequel il voit et la main avec laquelle il prend et le pied avec lequel il marche." Grâce aux saints, dont la vie porte témoignage d'un tel état, l'humanité pourrait comprendre l'oeuvre pour laquelle elle a été créée, et reconnaître que l'être humain véritable est le représentant de DIEU. Par une promesse Divine, le monde n'en sera pas dépourvu jusqu'à la fin des temps.
J'aimerai mentionner l'assistance que m'ont apportée le professeur Roy Parviz Mottahedeh de l'université de Princeton et M. Simon Bryquer de New York pour la révision du manuscrit.
Gloire soit rendue à Allâh pour la générosité du al-Hajj Cheikh Muzafferuddin Ozak Efendi al-Jerrahi al-Halveti d'Istamboul, dont les paroles offrent une introduction édifiante au texte d'Ibn'Arabi, et pour le soutien inestimable du al-Hajj Cheikh Tosun Bekir Bayrak Efendi al-Jerrahi al-Haveti de New-York.
J'aimerai dédier cette traduction à mon père et à ma mère.
Toute erreur contenue dans ce livre serait mienne; mais à Lui seul revient l'éloge.
Puisse le lecteur trouver cette lecture profitable.
Préface de Rabia Terri Harris.
à suivre... (l'introduction)
mercredi 21 août 2013
L'IMÂMA ABÛ BAKR (4ème partie et fin) - IBN'ARABI
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| Allâh le Nom de DIEU |
... Si sa supériorité, son autorité, son rang spirituel (littéralement: "son rang du point de vue de la religion"), la considération de l'Envoyé de DIEU à son égard, n'avaient pas été bien ancrés dans l'esprit des Compagnons, ils ne se seraient pas empressés à lui faire acte d'allégeance sans avoir eu besoin de réfléchir et ils n'auraient pas été unanimes sur la parfaite sincérité de son attention et sur les qualités (que nous venons de mentionner) entre beaucoup d'autres semblables, telles que : sa science des secrets de la Prophétie (nubuwwa) et la Mission (risâla) de Mohammed et du Livre qui apporte la Lumière, le degré de l'état spirituel de " Servitude" qui lui était indissolublement attaché et au sommet duquel il se tenait, sommet qui est "l'ombre de la Prophétie". Il y a aussi, rappelons-le, le fait que l'Envoyé de DIEU l'avait nommé son remplaçant pour diriger la Communauté à la prière, et cela à juste titre. Il avait dit à son sujet : " Une assemblée au de laquelle se trouve Abû Bakr ne doit pas placer à sa tête pour diriger la prière quelqu'un d'autre que lui." Et il avait confirmé cela par une autre de ses paroles : " Quiconque place à la tête d'une assemblée un homme, alors qu'il sait qu'il y a au milieu d'elle quelqu'un de meilleur, commet une injustice et une iniquité." Egalement lorsqu'il a dit au Pèlerinage d'Adieu ; " Musulmans ! prenez comme imâm le meilleur d'entre vous, car il est votre intercesseur (shafî), considérez donc qui vous choisirez comme intercesseur !" Ce qu'il y a derrière toutes ces paroles suffit à indiquer la faveur que représente sa désignation pour la direction de la prière ! C'est à lui que le Prophète donna l'ordre de diriger la prière, malgré les interventions de l'une de ses femmes, qui l'avaient fait s'emporter et s'écrier : " Vous êtes comme les "petites femmes" de Joseph (1) ! DIEU et Son Envoyé refusent sauf à Abû Bakr." Ensuite il dit : " Versez de l'eau pour m'asperger, afin que je puisse sortir et faire connaître au peuple celui que je leur recommande." On lui versa donc de l'eau et il sortit, appuyé sur Ali et al-Fadl ibn al-Abbâs, en se traînant (littéralement: " ses pieds rayaient la terre") sous l'effet de la faiblesse. Lorsque les Musulmans, qui étaient en train de prier, le virent s'avancer vers la mosquée, ils s'écrièrent : " Gloire à DIEU !". Cela attira l'attention d'Abû Bakr qui aperçut alors l'Envoyé de DIEU. Celui-ci s'assit à sa droite, et Abû Bakr termina la prière en la dirigeant pour lui et le peuple. Quand la prière eut été achevée, le Prophète tourna son visage vers les fidèles, et sa recommandation fut la suivante : " Musulmans ! nul Prophète ne meurt sans avoir mis à sa place le meilleur de sa communauté qui devient ainsi son imâm et celui de sa communauté (littéralement : "qui le dirige en se plaçant devant lui".)
Mais quand il sortit pour désigner au peuple celui qu'il leur recommandait, cette désignation n'était pas autre que celle de son remplacement pour la prière par Abû Bakr, et il n' y avait dans ses paroles rien d'autre que ce qu'il a dit. S'il a agi ainsi uniquement de son propre avis, de sa propre décision et de son propre jugement, c'est déjà une chose d'une importance considérable, et si c'est sous l'effet d'une inspiration venue de DIEU, qui lui en aurait donné l'ordre, c'est encore bien plus extraordinaire, voire même s'il n'est pas établi que c'était une inspiration Divine, car il a fait savoir que la coutume des Prophètes qui l'ont précédé était de ne pas mourir sans avoir mis à leur place le meilleur de leur communauté qui devenait ainsi leur imâm, or tous les Prophètes ne disent rien concernant les questions religieuses sans une inspiration venant de DIEU et une instruction Divine.
C'est là un degré extraordinaire dans la précellence, pour lequel personne ne peut rivaliser avec Abû Bakr et que personne ne peut lui disputer ! C'est aussi le dernier acte accompli par l'Envoyé de DIEU, son ultime commandement en matière de religion et son testament. C'est là-dessus que se sont basé les Compagnons, pour donner la préférence à Abû Bakr et l'élire à la direction de la Communauté, puisque le dernier acte accompli par l'Envoyé de DIEU avait été de le préférer à eux et de le choisir pour diriger la prière. Ils ne pouvaient pas passer outre à la décision de l'Envoyé de DIEU ni de préférer (à Abû Bakr) quelqu'un d'autre, en aucune façon et pour aucune raison. Et ils proclamèrent : " La prière est la base de la religion, et celui que le Prophète a agréé pour notre religion, nous l'agréons pour nos affaires temporelles (dunyâ)."
Celui qui prétend, après cet exposé et ces éclaircissements sous une forme abrégée, qu'un autre qu'Abû Bakr était plus digne que lui d'être préposé (taqdima) à l'Imâma, porte dans son for intérieur un jugement défavorable sur l'acte de l'Envoyé de DIEU et sur son ultime recommandation (ahd), il conteste sa décision et sa prescription, et se permet de tourner en dérision l'opinion des Compagnons et de discréditer (littéralement: "affaiblir" : ihân) leur jugement (ijtihâd), quand il s'est agi de lui prêter serment d'allégeance et de le suivre fidèlement.
DIEU a placé trop haut leurs mérites pour qu'ils aient pu, en matière de religion, se laisser aller à des opinions subjectives et passionnelles (hawâ), et Il a mis trop haut leur dignité pour qu'ils aient été de connivence dans des machinations, alors que ce sont des hommes dont la gloire et les louanges ont été proclamées (dans le Coran et la Tradition), "la meilleure Communauté apparue pour les Hommes" (Coran, III, 110), qui ont agi sainement et unanimement quand ils ont mis à leur tête Abû Bakr, en le choisissant librement et non pas sous l'effet de la contrainte. Nous savons que les premiers Musulmans (Ahl al-sâbiqa), Muhâjirûn aussi bien que Ançar, ne l'ont placé à leur tête qu'à cause de sa supériorité sur eux en mérites et parce qu'ils étaient convaincus qu'il était plus digne qu'eux de commander. Je témoigne formellement que l'homme égaré est celui qui se sépare d'eux, qui attaque leurs opinions et prétend qu'un autre était plus digne que lui d'être préposé à l'Imâma.
Méditez donc ce que je vous ai rapporté et expliqué concernant sa précellence, et prenez-le comme base !
Que la paix la plus complète soit sur celui qui s'est amélioré, qui est devenu bon, et à qui il a été donné de comprendre ce qu'on lui dit !
source: La profession de Foi (Ibn'Arabi)
Mais quand il sortit pour désigner au peuple celui qu'il leur recommandait, cette désignation n'était pas autre que celle de son remplacement pour la prière par Abû Bakr, et il n' y avait dans ses paroles rien d'autre que ce qu'il a dit. S'il a agi ainsi uniquement de son propre avis, de sa propre décision et de son propre jugement, c'est déjà une chose d'une importance considérable, et si c'est sous l'effet d'une inspiration venue de DIEU, qui lui en aurait donné l'ordre, c'est encore bien plus extraordinaire, voire même s'il n'est pas établi que c'était une inspiration Divine, car il a fait savoir que la coutume des Prophètes qui l'ont précédé était de ne pas mourir sans avoir mis à leur place le meilleur de leur communauté qui devenait ainsi leur imâm, or tous les Prophètes ne disent rien concernant les questions religieuses sans une inspiration venant de DIEU et une instruction Divine.
C'est là un degré extraordinaire dans la précellence, pour lequel personne ne peut rivaliser avec Abû Bakr et que personne ne peut lui disputer ! C'est aussi le dernier acte accompli par l'Envoyé de DIEU, son ultime commandement en matière de religion et son testament. C'est là-dessus que se sont basé les Compagnons, pour donner la préférence à Abû Bakr et l'élire à la direction de la Communauté, puisque le dernier acte accompli par l'Envoyé de DIEU avait été de le préférer à eux et de le choisir pour diriger la prière. Ils ne pouvaient pas passer outre à la décision de l'Envoyé de DIEU ni de préférer (à Abû Bakr) quelqu'un d'autre, en aucune façon et pour aucune raison. Et ils proclamèrent : " La prière est la base de la religion, et celui que le Prophète a agréé pour notre religion, nous l'agréons pour nos affaires temporelles (dunyâ)."
Celui qui prétend, après cet exposé et ces éclaircissements sous une forme abrégée, qu'un autre qu'Abû Bakr était plus digne que lui d'être préposé (taqdima) à l'Imâma, porte dans son for intérieur un jugement défavorable sur l'acte de l'Envoyé de DIEU et sur son ultime recommandation (ahd), il conteste sa décision et sa prescription, et se permet de tourner en dérision l'opinion des Compagnons et de discréditer (littéralement: "affaiblir" : ihân) leur jugement (ijtihâd), quand il s'est agi de lui prêter serment d'allégeance et de le suivre fidèlement.
DIEU a placé trop haut leurs mérites pour qu'ils aient pu, en matière de religion, se laisser aller à des opinions subjectives et passionnelles (hawâ), et Il a mis trop haut leur dignité pour qu'ils aient été de connivence dans des machinations, alors que ce sont des hommes dont la gloire et les louanges ont été proclamées (dans le Coran et la Tradition), "la meilleure Communauté apparue pour les Hommes" (Coran, III, 110), qui ont agi sainement et unanimement quand ils ont mis à leur tête Abû Bakr, en le choisissant librement et non pas sous l'effet de la contrainte. Nous savons que les premiers Musulmans (Ahl al-sâbiqa), Muhâjirûn aussi bien que Ançar, ne l'ont placé à leur tête qu'à cause de sa supériorité sur eux en mérites et parce qu'ils étaient convaincus qu'il était plus digne qu'eux de commander. Je témoigne formellement que l'homme égaré est celui qui se sépare d'eux, qui attaque leurs opinions et prétend qu'un autre était plus digne que lui d'être préposé à l'Imâma.
Méditez donc ce que je vous ai rapporté et expliqué concernant sa précellence, et prenez-le comme base !
Que la paix la plus complète soit sur celui qui s'est amélioré, qui est devenu bon, et à qui il a été donné de comprendre ce qu'on lui dit !
source: La profession de Foi (Ibn'Arabi)
- Ou encore çawâhib Yûsuf selon les traditions rapportées par Bukhâri : I, 169, 172 à 174, 182-183. Les femmes auxquelles Ibn'Arabi ne fait qu'une allusion étaient Aïcha et Hafça, celle-ci poussée par Aïcha. Elle craignait qu'Abû Bakr, trop sensible et trop ému, ne puisse remplacer le Prophète. Quant à la comparaison avec les "petites femmes" ou les "compagnes" de Joseph, sans doute s'explique-t-elle en référence à la sourate de Joseph, XI, 23-33, par l'insistance de jolies femmes pour détourner un homme de ce qu'il a décidé.
mercredi 14 août 2013
L'IMÂMA ABÛ BAKR (3ème partie)- Mûhyidîn Ibn ARABI
... L'indication traditionnelle (dalil) claire et évidente en faveur de l'Imâma d'Abû Bakr est la parole de DIEU : " Dis à ceux des bédouins laissés en arrière : Vous serez appelés contre un peuple d'une redoutable vaillance. Vous les combattrez ou bien ils se convertissent à l'Islam. Si vous obéissez, DIEU vous donnera une belle rétribution, alors que si vous tournez le dos, comme vous avez tourné le dos antérieurement, Il vous infligera un châtiment douloureux (1)." La lettre du texte du Coran exige formellement que celui qui les appellerait au combat serait quelqu'un d'autre que l'Envoyé de DIEU, d'après Son autre parole : " Dis: Vous ne partirez plus jamais avec moi en campagne et vous ne combattrez plus aucun ennemi avec moi... (2) Après la révélation de ce verset, ceux qui étaient "restés en arrière" (al-mukhallafûna) attendaient qu'on les appelât contre "le peuple d'une redoutable vaillance" pour laver de leurs âmes le péché de leur première abstention, et leur attente était pour quelqu'un qui viendrait les appeler après le Prophète, tout espoir d'une campagne avec l'Envoyé de DIEU leur étant fermé par ce que le Coran avait révélé à leur sujet. Ce qui le confirme c'est la particule de "remise à plus tard" (sîn al-isti'nâf) de Sa parole : sa-tud'awna - vous serez appelés; et cette particule ne concerne que le futur et rien d'autre. Aussi, lorsque Abû Bakr les a appelés pour combattre les arabes qui avaient apostasié (Ahl al-ridda), ils lui ont répondu avec empressement en se précipitant dans la bataille, et c'est là où ils firent preuve d'un grand courage (bâla'al-'azhîm) (3). Selon certains exégètes, "le peuple d'une redoutable vaillance" serait les Yéménites, or, parmi les Califes, seul Abû Bakr les a combattus, Sachez donc cela !
Les esprits clairs et les intelligences pénétrantes ne sauraient ignorer que le titre de "successeur" (exactement: "le titre de la succession" : laqab al-khilâfa) n'est attribué qu'à quelqu'un dont l'influence a été grande, dont l'autorité a été efficace et dont la parole a été obéie, comme celle de celui dont il est le "successeur" (khalîfa : calife), qu'il a remplacé, et dont il est le représentant (nâ'ib). Dès qu'il n'est pas ainsi, il ne convient pas qu'il soit "successeur", ni qu'il porte le titre de "successeur".
Or ne voyez-vous pas que, lorsque Abû Bakr a succédé à l'Envoyé de DIEU pour diriger la prière, il l'a remplacé exactement, se tenant à la même place que lui, sans que personne ne s'interpose ni fasse obstacle, accomplissant la prière de la même façon que l'Envoyé l'accomplissait et la dirigeait devant ses Compagnons ? Il méritait donc qu'on l'appelait "successeur" à la prière" (khalifa ' alâ-l-çalât) à cause de son aptitude à cette fonction. Ce nom lui était resté et les gens le lui donnaient en s'adressant à lui, alors même que l'Envoyé de DIEU était encore en vie, pendant toute la durée qu'il dirigea la prière jusqu'à la mort de l'Envoyé de DIEU. Et le Jour de la Saqîfa quand il était là, discutant avec les Ançar et les convainquant d'une façon décisive par la nécessité que l'Imâma appartînt aux Quraïshites et non à eux, ni à tous les autres membres de la Communauté, c'est en ces termes qu'ils lui répondirent : " O successeur de l'Envoyé de DIEU pour nous diriger dans la prière ! choisis pour nous avec ta justesse de jugement celui qui convient pour ce commandement, pour que nous lui fassions acte d’allégeance !"
Il avait alors indiqué le choix entre l'un des deux hommes : Abû Ubayda et Umar, qui refusèrent cette charge. Mais ils avaient remarqué que les Ançar l'appelaient "successeur de l'Envoyé de DIEU"; alors ils lui confièrent le commandement et le reconnurent pour chef, et tous deux le désignèrent aussitôt par le titre de "successeur de l'Envoyé de DIEU" (khalîfat Rasûl Allâh) (4).
Abû Bakr fut donc le premier de cette Communauté à être appelé ainsi. Et il porta ce titre du vivant de l'Envoyé de DIEU et après sa mort. La première succession est la succession à la prière, la seconde est la succession à la tête de la Communauté et le Commandement (al-Imâra). Le nom de khalifa n'avait été donné auparavant qu'à un Prophète, comme Adam et David (5), et Abû Bakr est donc le troisième. C'est lui aussi qui, dans cette Communauté, fut le premier à être appelé " Le Juste" 'al-çiddîq), et ce nom n'avait été donné avant lui qu'à un Prophète, comme Idrîss, Abraham, et Joseph (6), et Abû Bakr est donc le quatrième. Il est aussi le plus ancien des premiers convertis à l'Islam (littéralement : " le plus devançant des devançants (dans la course) à l'Islam" : asbaqu-s-sâbiqîna ilâ-l-Islami) à la Foi, et à la croyance en l'Envoyé. L'Envoyé de DIEU l'avait appelé "Juste" (littéralement : " Véridique": çiddîq (7)) au moment où, l'ayant appelé à se convertir à l'Islam, Abû Bakr avait eu la foi en lui et avait cru en lui immédiatement. Le Prophète a dit en effet : " Il n'est personne de ceux que j'ai appelés à DIEU qui n'ait bronché (kabwa) - c'est à dire: marqué une hésitation (waqfa) - excepté Abû Bakr; je lui ai dit : j'ai été envoyé; et il m'a répondu : tu as dit la vérité (çadaqta). En vérité, chaque prophète a des justes, et le plus digne de lui, le plus proche de lui et qui a le plus ses faveurs, c'est celui qui a été empressé à croire en lui, et ensuite les autres (par ordre d'ancienneté). En vérité, chaque prophète a son mérite (dans la hiérarchie des prophètes), qu'obtient ensuite celui qui a été le plus empressé à croire en lui. En vérité, le mérite que je possède, c'est Abû Bakr qui l'a obtenu. C'est à son sujet et au sujet de l'Envoyé de DIEU qu'a été révélé le verset : " Et celui qui est venu avec la Vérité (çidq)" - c'est à dire l'Envoyé de DIEU -, "et celui qui l'a déclaré véridique" - c'est à dire Abû Bakr -, "ceux-là sont les pieux (8)".
Et il a été appelé "très véridique" à cause de la fréquence de ses témoignages de véridicité à l'égard de l'Envoyé de DIEU pour tout ce qu'il lui disait (9). En tant que céleste (littéralement : " préexistant" : sâbiq), ce nom (de çiddîq) qui lui a été donné est une faveur immense. En tant qu'il vient de l'Envoyé de DIEU, c'est, de sa part, indiquer son mérite et sa grandeur. En tant qu'il lui a été donné par la Communauté qui, unanimement, l'appelait ainsi, c'est uniquement la preuve de la très grande considération dont il était l'objet et du très haut rang où on le plaçait.
S'il en est ainsi, quel rang pourrait être proche du sien ou s'en approcher ? " C'est là la Grande faveur (10)". Il a été le premier à croire en l'Envoyé de DIEU et à témoigner de sa véracité. Il est resté attaché à le servir en tout lieu et en toute circonstance, dans ses voyages, dans ses séjours, dans sa retraite/khalwa (au mont Hira) et dans son émigration (hijra : hégire). C'est à son sujet que fut révélé le verset : " L'un des deux (littéralement: le second des deux) quand ils étaient dans la grotte", où DIEU apaisa son esprit par la bouche de Son Envoyé en lui disant : " Ne t'attriste pas ! DIEU est avec nous !" (11) Et DIEU fit descendre sur lui la Paix (al-Sakîna) et la quiétude (al-Tuma'nîna) (12). Le Prophète lui demanda : " Que penses-tu, Abû Bakr, de deux dont DIEU est le troisième (13) ? Il lui avait dit aussi :" Eh bien ! je t'annonce la bonne nouvelle de la Satisfaction de DIEU la plus grande pour toi." Abû Bakr s'exclama : " Assurément ? (bâla), ô Envoyé de DIEU !" et il lui répondit : " DIEU se révélera (yatajallâ) aux hommes d'une façon universelle et Il se révèlera à toi d'une façon particulière."
Le Prophète prit la parole au cours du Pèlerinage d'Adieu et il mentionna les Compagnons en ces termes : " Musulmans ! Abû Bakr est le meilleur des hommes pour moi, dans ses relations avec moi et comme compagnon, et il ne m'a jamais fait de mal. Sachez cela de lui !" C'est donc par Abû Bakr qu'il a commencé. Ensuite il dit : " En vérité ! je suis satisfait de Umar ibn al-Khatâb, de Uthmân ibn Affân, de Ali ibn Abî Tâlib, de Talha ibn Abd Allâh, d'al-Zubayr ibn al-Awâmm, le fils de ma tante paternelle, de Sa'd ibn Abî Waqqâç de Sa'id ibn Zayd, de Abd al-Rahmân ibn Awf, et de Abû Ubayda ibn al-Jarrâh.(14).
Et Abû Bakr avait un grand avantage (daraja) sur les autres, c'est que les plus illustres des premiers Musulmans s'étaient convertis à l'Islam par son intermédiaire, comme Umar, Talha, al-Zubayr et Abd al-Rahmân Ibn Awf. Il avait notamment rencontré Umar ibn al-Khattâb et lui avait reproché de tarder à se convertir; il lui avait démontré l'authenticité de la qualité de Prophète de Mohammed et de sa qualité d'Envoyé Divin, et il lui avait montré la vérité, si bien que Umar s'était soumis et s'était rendu auprès du Prophète.
Du temps même de l'Envoyé de DIEU, les Compagnons avaient des égards particuliers pour les premiers Musulmans, pour le plus méritant d'entre eux (al-afdal) et pour les autres (selon leurs mérites), à cause de l'abondance des louanges de DIEU et de Son Envoyé à leur endroit et de la protection que leur présence assurait à la Religion de DIEU (Dîn Allâh).
Par les indications et les preuves évidentes que nous avons exposées, d'une manière résumée et brièvement, il est clair pour vous qu'Abû Bakr a la précellence sur les plus éminents des Compagnons, qu'il est le meilleur d'entre eux d'une façon absolue, et qu'il est, après les Prophètes et les Envoyés Divins, le meilleur des premiers et des derniers (de toute l'histoire de l'humanité).
à suivre...
source: La Profession de Foi (IBN'ARABI)
Les esprits clairs et les intelligences pénétrantes ne sauraient ignorer que le titre de "successeur" (exactement: "le titre de la succession" : laqab al-khilâfa) n'est attribué qu'à quelqu'un dont l'influence a été grande, dont l'autorité a été efficace et dont la parole a été obéie, comme celle de celui dont il est le "successeur" (khalîfa : calife), qu'il a remplacé, et dont il est le représentant (nâ'ib). Dès qu'il n'est pas ainsi, il ne convient pas qu'il soit "successeur", ni qu'il porte le titre de "successeur".
Or ne voyez-vous pas que, lorsque Abû Bakr a succédé à l'Envoyé de DIEU pour diriger la prière, il l'a remplacé exactement, se tenant à la même place que lui, sans que personne ne s'interpose ni fasse obstacle, accomplissant la prière de la même façon que l'Envoyé l'accomplissait et la dirigeait devant ses Compagnons ? Il méritait donc qu'on l'appelait "successeur" à la prière" (khalifa ' alâ-l-çalât) à cause de son aptitude à cette fonction. Ce nom lui était resté et les gens le lui donnaient en s'adressant à lui, alors même que l'Envoyé de DIEU était encore en vie, pendant toute la durée qu'il dirigea la prière jusqu'à la mort de l'Envoyé de DIEU. Et le Jour de la Saqîfa quand il était là, discutant avec les Ançar et les convainquant d'une façon décisive par la nécessité que l'Imâma appartînt aux Quraïshites et non à eux, ni à tous les autres membres de la Communauté, c'est en ces termes qu'ils lui répondirent : " O successeur de l'Envoyé de DIEU pour nous diriger dans la prière ! choisis pour nous avec ta justesse de jugement celui qui convient pour ce commandement, pour que nous lui fassions acte d’allégeance !"
Il avait alors indiqué le choix entre l'un des deux hommes : Abû Ubayda et Umar, qui refusèrent cette charge. Mais ils avaient remarqué que les Ançar l'appelaient "successeur de l'Envoyé de DIEU"; alors ils lui confièrent le commandement et le reconnurent pour chef, et tous deux le désignèrent aussitôt par le titre de "successeur de l'Envoyé de DIEU" (khalîfat Rasûl Allâh) (4).
Abû Bakr fut donc le premier de cette Communauté à être appelé ainsi. Et il porta ce titre du vivant de l'Envoyé de DIEU et après sa mort. La première succession est la succession à la prière, la seconde est la succession à la tête de la Communauté et le Commandement (al-Imâra). Le nom de khalifa n'avait été donné auparavant qu'à un Prophète, comme Adam et David (5), et Abû Bakr est donc le troisième. C'est lui aussi qui, dans cette Communauté, fut le premier à être appelé " Le Juste" 'al-çiddîq), et ce nom n'avait été donné avant lui qu'à un Prophète, comme Idrîss, Abraham, et Joseph (6), et Abû Bakr est donc le quatrième. Il est aussi le plus ancien des premiers convertis à l'Islam (littéralement : " le plus devançant des devançants (dans la course) à l'Islam" : asbaqu-s-sâbiqîna ilâ-l-Islami) à la Foi, et à la croyance en l'Envoyé. L'Envoyé de DIEU l'avait appelé "Juste" (littéralement : " Véridique": çiddîq (7)) au moment où, l'ayant appelé à se convertir à l'Islam, Abû Bakr avait eu la foi en lui et avait cru en lui immédiatement. Le Prophète a dit en effet : " Il n'est personne de ceux que j'ai appelés à DIEU qui n'ait bronché (kabwa) - c'est à dire: marqué une hésitation (waqfa) - excepté Abû Bakr; je lui ai dit : j'ai été envoyé; et il m'a répondu : tu as dit la vérité (çadaqta). En vérité, chaque prophète a des justes, et le plus digne de lui, le plus proche de lui et qui a le plus ses faveurs, c'est celui qui a été empressé à croire en lui, et ensuite les autres (par ordre d'ancienneté). En vérité, chaque prophète a son mérite (dans la hiérarchie des prophètes), qu'obtient ensuite celui qui a été le plus empressé à croire en lui. En vérité, le mérite que je possède, c'est Abû Bakr qui l'a obtenu. C'est à son sujet et au sujet de l'Envoyé de DIEU qu'a été révélé le verset : " Et celui qui est venu avec la Vérité (çidq)" - c'est à dire l'Envoyé de DIEU -, "et celui qui l'a déclaré véridique" - c'est à dire Abû Bakr -, "ceux-là sont les pieux (8)".
Et il a été appelé "très véridique" à cause de la fréquence de ses témoignages de véridicité à l'égard de l'Envoyé de DIEU pour tout ce qu'il lui disait (9). En tant que céleste (littéralement : " préexistant" : sâbiq), ce nom (de çiddîq) qui lui a été donné est une faveur immense. En tant qu'il vient de l'Envoyé de DIEU, c'est, de sa part, indiquer son mérite et sa grandeur. En tant qu'il lui a été donné par la Communauté qui, unanimement, l'appelait ainsi, c'est uniquement la preuve de la très grande considération dont il était l'objet et du très haut rang où on le plaçait.
S'il en est ainsi, quel rang pourrait être proche du sien ou s'en approcher ? " C'est là la Grande faveur (10)". Il a été le premier à croire en l'Envoyé de DIEU et à témoigner de sa véracité. Il est resté attaché à le servir en tout lieu et en toute circonstance, dans ses voyages, dans ses séjours, dans sa retraite/khalwa (au mont Hira) et dans son émigration (hijra : hégire). C'est à son sujet que fut révélé le verset : " L'un des deux (littéralement: le second des deux) quand ils étaient dans la grotte", où DIEU apaisa son esprit par la bouche de Son Envoyé en lui disant : " Ne t'attriste pas ! DIEU est avec nous !" (11) Et DIEU fit descendre sur lui la Paix (al-Sakîna) et la quiétude (al-Tuma'nîna) (12). Le Prophète lui demanda : " Que penses-tu, Abû Bakr, de deux dont DIEU est le troisième (13) ? Il lui avait dit aussi :" Eh bien ! je t'annonce la bonne nouvelle de la Satisfaction de DIEU la plus grande pour toi." Abû Bakr s'exclama : " Assurément ? (bâla), ô Envoyé de DIEU !" et il lui répondit : " DIEU se révélera (yatajallâ) aux hommes d'une façon universelle et Il se révèlera à toi d'une façon particulière."
Le Prophète prit la parole au cours du Pèlerinage d'Adieu et il mentionna les Compagnons en ces termes : " Musulmans ! Abû Bakr est le meilleur des hommes pour moi, dans ses relations avec moi et comme compagnon, et il ne m'a jamais fait de mal. Sachez cela de lui !" C'est donc par Abû Bakr qu'il a commencé. Ensuite il dit : " En vérité ! je suis satisfait de Umar ibn al-Khatâb, de Uthmân ibn Affân, de Ali ibn Abî Tâlib, de Talha ibn Abd Allâh, d'al-Zubayr ibn al-Awâmm, le fils de ma tante paternelle, de Sa'd ibn Abî Waqqâç de Sa'id ibn Zayd, de Abd al-Rahmân ibn Awf, et de Abû Ubayda ibn al-Jarrâh.(14).
Et Abû Bakr avait un grand avantage (daraja) sur les autres, c'est que les plus illustres des premiers Musulmans s'étaient convertis à l'Islam par son intermédiaire, comme Umar, Talha, al-Zubayr et Abd al-Rahmân Ibn Awf. Il avait notamment rencontré Umar ibn al-Khattâb et lui avait reproché de tarder à se convertir; il lui avait démontré l'authenticité de la qualité de Prophète de Mohammed et de sa qualité d'Envoyé Divin, et il lui avait montré la vérité, si bien que Umar s'était soumis et s'était rendu auprès du Prophète.
Du temps même de l'Envoyé de DIEU, les Compagnons avaient des égards particuliers pour les premiers Musulmans, pour le plus méritant d'entre eux (al-afdal) et pour les autres (selon leurs mérites), à cause de l'abondance des louanges de DIEU et de Son Envoyé à leur endroit et de la protection que leur présence assurait à la Religion de DIEU (Dîn Allâh).
Par les indications et les preuves évidentes que nous avons exposées, d'une manière résumée et brièvement, il est clair pour vous qu'Abû Bakr a la précellence sur les plus éminents des Compagnons, qu'il est le meilleur d'entre eux d'une façon absolue, et qu'il est, après les Prophètes et les Envoyés Divins, le meilleur des premiers et des derniers (de toute l'histoire de l'humanité).
à suivre...
source: La Profession de Foi (IBN'ARABI)
- Coran, XLVIII, 16.
- Coran, IX, 83.
- Il faut l'entendre dans le sens d'un combat mené avec héroïsme, comme épreuve de la foi. L'expression balâ'un 'azhîm est coranique et y a précisément le sens de "grande épreuve"
- Voir Tabarî, Ta'rîkh, I, 1842.
- Coran, II, 30 : " Quand ton Seigneur dit aux Anges: Je vais placer sur la terre, un représentant (khalifatan." Et XXXVIII, 26 : " O David ! Nous t'avons fait représentant sur la terre."
- Voir successivement: pour Idrîss (assimilé à Enoch ou à Elie), Coran, XIX, 56; Abraham, XIX, 41; pour Joseph, XII, 46. La seule femme a laquelle le Coran donne le titre de çiddîqa est Marie: V, 75.
- La racine commune à çiddîq ("juste") et à taçdîq ("croyance") exprime l'idée de véridicité. D'où littéralement : çiddîq - "véridique" et taçdîq - "témoignage de véridicité".
- Coran, XXXIX, 33.
- L'adjectif çiddîq (de la forme fi''îl) appartient en effet à la catégorie des intensifs exprimant généralement l'idée de fréquence (kathra), que le français rend par le superlatif absolu.
- Expression Coranique; XXXV, 32; XLII, 22.
- Coran, IX, 40, qui fait allusion à un épisode de l'émigration du Prophète, réfugié dans une grotte en compagnie d'Abû Bakr, pour échapper à la poursuite des Mecquois.
- " La descente de la Sakîna" est indiquée à cinq reprises dans le Coran, par trois fois dans la sourate XLVIII, aux versets 4, 18, 26; deux fois dans la sourate IX : 26, 40, où il est fait mention des "légions célestes" comme dans XLVIII, 4. La Sakîna a été identifié à la Shekinah hébraïque, d'où habituellement sa traduction par "Présence Divine".
- Voir Bukhâri , v.4.
- La "satisfaction" (ridâ) du Prophète ou de DIEU signifie toujours la promesse du Paradis. C'est pourquoi les dix Compagnons cités par le Prophète au cours du Pèlerinage d'Adieu sont souvent désignés comme "les dix qui auront reçu la bonne nouvelle du Paradis assuré".
mercredi 7 août 2013
L’ Imâma, Abû Bakr (2ème partie) - Ibn'Arbi
... Il est donc bien établi, par ce que nous avons montré, qu'il n'a pas fait de désignation par un texte explicite, bien qu'il eût pu le faire. Cependant il a accompli certains actes et il a prononcé certaines paroles qui ne sont pas loin d'être une désignation, s'il n'en sont point une, et par lesquels il a attiré l'attention sur celui qui était digne de cette fonction de commandement. Il s'agit du fait qu'il avait préposé Abû Bakr à la direction de la prière et qu'il l'avait placé devant la qibla ("l'orientation rituelle vers la Mecque"), ainsi que des paroles : " DIEU et Son Envoyé refusent, sauf à Abû Bakr." Il y a également le fait qu'il lui donnait la préférence sur tous les compagnons pour lui servir de témoin dans ses alliances, ses engagements, sa correspondance et ses traités. Il y a aussi le fait que sa place était à la droite du prophète, et qu'elle restait vide, que personne d'autre ne l'occupait, quand il était absent. Il restait seul avec lui dans les délibérations.
Souvent le prophète disait : " Je rends hommage à l'avis d' Abû Bakr dans tout ce qu'il me soumet." Quand il consultait les Compagnons sur une affaire en son absence et qu'ils le conseillaient, il leur répondait : " Pas avant qu'Abû Bakr ne soit là et que j'aie entendu son avis; s'il me conseille cela, je l'écouterai." Il y a aussi le fait qu'il se rendait quotidiennement chez lui, sans manquer un jour, ou presque, tout le temps qu'il était resté à la Mecque, jusqu'au moment de son émigration à Médine. Le fait également qu'il n'y avait qu'Abû Bakr auprès du prophète, sans les autres compagnons, dans des circonstances graves, qu'il était seul avec lui dans le dais le jour de la bataille de Badr et au cours d'autres expéditions, ce qui fit dire aux Arabes, au moment où la bataille faisait rage : " Tu tiens beaucoup à ton compagnon !" Le prophète avait répondu : " DIEU m'a ordonné de le prendre comme ministre et conseiller, comme intime et compagnon, et si j'avais à choisir un ami (khalil) c'est lui que je choisirais, mais il est mon frère (akh) en religion et il reste avec moi, et il est mon confident attaché (1)." Il faut citer également ce qu'il répondit à une femme venue le trouver pour lui demander un don : " Reviens me voir à un autre moment ! - Et si je ne te trouve pas ! lui dit-elle - Si tu ne me trouves pas, tu trouveras Abû Bakr." Il avait acheté à un bédouin des jeunes chamelles en paiement différé, et le bédouin lui avait demandé : " Et si je ne te trouve pas, au cas où tu serais mort, qui me réglera mon dû ? - Le prophète lui avait répondu : Celui-ci !" en frappant de la main sur la cuisse d'Abû Bakr. Entre autres faits du même genre, que nous mentionnerons, si DIEU le veut, à propos de l'excellence de l'Imâma d'Abû Bakr. Tous ces éléments tiennent lieu de texte explicite; même s'ils n'en constituent pas un véritablement, du moins ont-ils éclairé ceux qui étaient partisans de son élection et qui se sont appuyés sur eux pour lui donner la préférence et faire l'unanimité sur sa personne.
Selon une tradition, le prophète ne serait pas mort sans avoir attiré l'attention sur (ceux qui devaient être) ses quatre premiers successeurs et sur leur ordre de succession. Il aurait commencé par nommer Abû Bakr, puis Umar en second, Uthmân en troisième, puis Ali en quatrième. C'est ainsi qu'il aurait dit : " Si vous confiez cette charge à Abû Bakr, vous trouverez en lui un homme physiquement faible mais fort dans la religion de DIEU.
Si vous la confiez à Umar, vous trouverez en lui un homme fort, physiquement et dans la religion de DIEU. Si vous la confiez à Uthmân, vous trouverez en lui un homme compatissant et miséricordieux. Et si vous la confiez à Ali, vous trouverez en lui un "guide bien guidé" (hâdî mahdî)." (2)
Si quelqu'un fait l'objection suivante à ce hadith : " Si cette tradition est authentique, Umar devait être nécessairement plus digne de l'Imâma qu'Abû Bakr, puisque l'Envoyé a fait savoir que Umar avait à la fois la force physique et la force dans sa religion, alors qu'Abû Bakr était faible physiquement. Et celui qui possède ensemble les deux forces est plus digne que celui qui n'en possède qu'une. De même pour le compatissant miséricordieux et le "guide bien guidé", on lui répondra que cette remarque n'est pas un bon argument, car la force dans la religion de DIEU totalise toutes ces qualités. De même, si est exacte cette tradition qui dit que l'Envoyé de DIEU a mentionné Abû Bakr en premier, sa prééminence en découle nécessairement, parce que, de la part de l'Envoyé de DIEU, le mentionner en premier, c'était ainsi faire savoir quel était le rang de chacun, et attirer l'attention sur leur choix de préférence aux autres, en montrant clairement leur supériorité sur tous les autres Compagnons et leur prééminence sur tous ceux qui croyaient en lui. Ainsi est bien établie leur supériorité et bien reconnu qu'ils étaient les meilleurs de ses Compagnons, et que leur hiérarchie dans le mérite correspondait au rang qu'ils devaient occuper (dans la succession du Prophète à la tête de la Communauté).
Sachez que la précellence de celui qui a le plus de mérite dans cette Communauté ne résulte que du fait des qualités et non du lignage ou de la parenté. N'entendez-vous pas Sa parole : " Ceux qui ont eu la foi et qui ont accompli les œuvres pies, ceux-là sont les meilleurs de l'humanité" (3), et : " Le plus noble d'entre vous, aux yeux de DIEU, est le plus pieux" (4), et : " Les proches (awliyâ) de DIEU sont uniquement les pieux" (5).
Ces versets, et d'autres semblables, vous montrent que la précellence de celui qui a le plus de mérite ne résulte que du fait des qualités et non du lignage ou de la parenté, car la foi est une qualité pour le croyant et les œuvres pies sont les qualités de ceux qui l'accomplissent. La différence entre les hommes de mérite (al-fudalâ) correspond à la différence de leurs qualités méritoires. Celui qui a davantage de qualités, grâce à son observance (des devoirs religieux) et au nombre de ses actions pieuses et bonnes, est grandement considéré, sa valeur et son rang sont élevés, et il est supérieur aux autres. Il y a des degrés (darajât) entre les êtres de mérite, entre les Anges, les Prophètes et ceux qui sont au-dessous d'eux. DIEU a dit : " Le Messie ne trouve certes pas indigne d'être un serviteur de DIEU, non plus que les Anges rapprochés (de Lui) (6), et : " Ceux qui portent le Trône et ceux qui sont autour de Lui" (7), et : " DIEU choisit, parmi les Anges, des Envoyés, et parmi les hommes (8)." Les Anges "rapprochés", les Porteurs du Trône, et ceux qui sont "choisis", sont supérieurs aux autres. DIEU a dit aussi des Prophètes : " Ces Envoyés, Nous en avons préféré les uns aux autres. Parmi eux, il en est à qui DIEU a parlé, et Il en a élevé d'autres en degrés (9)." Parmi les Prophètes, ceux qui sont Envoyés (mursalûn) sont supérieurs à ceux qui ne le sont pas, et parmi les Envoyés, ceux à qui DIEU a parlé (al-mukallamûn) sont supérieurs aux autres. Et au sujet des Compagnons de notre Prophète, qui sont les "meilleurs des nations" (afdalu-l-umam) après les prophètes, DIEU a dit : " Ils ne sont point égaux aux autres ceux d'entre vous qui auront dépensé (dans le chemin de DIEU) avant la Victoire et qui auront combattu. Ceux-là sont d'un degré plus considérable que ceux qui auront dépensé et combattu après (la Victoire) (10)". Il nous a ainsi fait savoir que celui qui a dépensé et combattu avant la Victoire est d'un degré plus considérable que celui qui a dépensé et combattu après celle-ci. Le fait de dépenser dans le chemin de DIEU et d'avoir combattu sont donc deux qualités distinctives attribuées à celui qui dépense et qui combat. On avait demandé au Prophète : " Quels sont les "proches de DIEU" (awliyâ Allâh) et les "proches" de Son Envoyé !(11)" et il avait répondu : " Les Pieux (al-muttaqûn)". La piété (taqiyya) est donc elle aussi une qualité distinctive attribuée au croyant pieux. Il est ainsi bien établi, par ce que nous avons expliqué et montré, que la précellence de celui qui a le plus de mérite ne résulte que du fait des qualités et de rien d'autre, et qu'il y a une hiérarchie des êtres de mérite, entre les Anges, les Prophètes et ceux qui sont au-dessous d'eux. Considérez cela attentivement !
Et maintenant que le principe de l'objet de la discussion a été reconnu, par cet exposé résumé et qu'a débordé le flot de ces renforts au secours de la victoire malgré ses limites imposées, revenons à notre propos !
Nous dirons donc ceci : après la mort de l'Envoyé de DIEU, les musulmans eux-même n'envisageaient personne qui fût considéré comme digne d'assurer sa succession à la tête de la Communauté, parmi tous les Compagnons les plus éminents et dans sa pure lignée, à l'exception de trois personnes : Abû Bakr, Ali et al-Abbas. Et c'est au sujet de ces trois hommes que les musulmans étaient en désaccord. La thèse des Alides Imânites, des Bakriyya et des Abbâssiyya, qui prétend que le prophète avait désigné par un texte explicite l'un de ces trois hommes, est fausse. L'argumentation décisive qui la réfute est la suivante. On répondra d'abord aux Bakriyya : que le fait qu'Abû Bakr ait indiqué quelqu'un d'autre que lui-même le Jour de la Saqîfa montre bien qu'il n'avait pas été désigné par le Prophète, car autrement il ne lui aurait pas été possible d'indiquer quelqu'un d'autre (12), sinon il aurait été en opposition avec la volonté du Prophète, et son mérite est bien trop haut et son rang bien trop illustre pour qu'on lui attribue pareille chose, lui qui était le confident du Prophète et son homme de confiance dans toutes les affaires importantes et les décisions qu'il prenait, et qui avait été son remplaçant (khalîfa) pour diriger la prière de la Communauté ! On répondra ensuite à la fois aux Alides et aux Abbâssiyya : que le fait que Ali et al-Abbâs aient reconnu fidèlement Abû Bakr montre bien qu'il n'y avait eu aucun texte désignant explicitement l'un d'eux, car autrement il n'aurait absolument pas pu s'enlever à lui-même la direction de la Communauté et prêté serment d'allégeance à quelqu'un d'autre, sinon il aurait été alors en opposition avec l'Envoyé de DIEU, montrant qu'il s'écartait des limites que lui avait tracées le Prophète en lui donnant ses ordres, en lui confiant cette charge et en le désignant. Et même si cela devait entraîner sa perte, il lui était impossible de se dégager de cette charge et de l'abandonner, comme ce fut le cas de Uthmân qui ne pouvait abdiquer (littéralement : "se destituer lui-même", car l'Envoyé lui avait dit : " O Uthmân ! DIEU te revêtira d'une tunique; si quelqu'un te presse de l'enlever ou te la conteste, ne l'enlève pas ! (13)"
Et Uthmân resta fermement fidèle à l'ordre de l'Envoyé de DIEU, jusqu'à se faire tuer pour lui - que DIEU soit satisfait de lui !
Quand nous voyons deux hommes (al-Abbâs et Ali) faire acte d'obédience à un troisième (Abû Bakr), et cela sans que ce dernier ait brandi le sabre sur eux, ni leur ait distribué de l'argent, ni gagné leur cœur par quelque don que ce fût, nous concluons nécessairement à sa supériorité en mérite vis-à-vis d'eux, bien établie à leurs yeux et unique raison de leur allégeance, convaincus qu'il était plus digne qu'eux de la charge qu'on lui avait confiée et de la confiance qu'on avait mise en ses capacités.
Des traditions, dont la garantie est solide par plus d'un côté, ont rapporté que l'acte d'obédience de Ali et al-Abbâs à Abû Bakr avait déjà été fait alors que l'Envoyé de DIEU n'était pas encore enseveli. Abû Bakr en avait terminé avec l'affaire de la Saqîfa; il avait obtenu la caution des Ançâr, avait reçu le serment d'allégeance et avait fait l'unanimité sur sa personne. Accompagné de Umar et d'Abû Ubayda, il était alors revenu. Ils entrèrent dans la maison de l'Envoyé de DIEU pour assister aux derniers préparatifs en vue de son enterrement. Ce fut al-Abbâs qui rencontra le premier Abû Bakr sur le seuil. Il avait été informé de la discussion qu'il avait eue avec les Ançar et des paroles qui avaient été échangées, des arguments décisifs qu'il avait établis contre eux, des indications et des preuves qui les avaient convaincus, telles que le fait que cette fonction de commandement était réservée aux Quraïshites et à nuls autres et que les musulmans devaient se soumettre à eux fidèlement. Il avait appris aussi que les gens avaient l'unanimité sur sa personne et lui avaient prêté le serment d'allégeance. C'est donc au retour d'Abû Bakr à la maison de l'Envoyé de DIEU qu'al-Abbâs lui serra la main et lui dit : " Nous avons appris toutes tes difficultés, et louange à DIEU qui a apaisé la haine grâce à toi et pour toi, qui a éteint les feux de la sédition (fitna) grâce à l’excellence de ton jugement et à ta bonne foi, qui a maintenu ce commandement de la Communauté chez les Quraïshites grâce à toi, sans qu'un élément étranger s'y introduise, grâce à ton influence bénéfique et à ta bénédiction (baraka), car tu n'as cessé d'être béni et favorisé, assisté et dirigé (vers ce qui est juste), et la façon dont tu as agi n'est pas étonnante de ta part pour ceux qui te sont proches et elle fait indéniablement partie de tes efforts pour te concilier les bonnes grâces de DIEU, que DIEU te récompense bien pour ta belle conduite, qu'Il assiste cette communauté par tes soins vigilants et qu'Il t'aide, par Sa grâce et Sa générosité, pour les affaires de la Communauté dont Il a fait de toi le gardien !" Ali s'avança vers Abû Bakr, quand son oncle eut fini de lui présenter ses vœux, et lui dit à son tour : " Les Ançar s'étaient conté à eux-même des mensonges, par DIEU ! s'ils nous avaient frustré de ce commandement, la terre se serait refermée sur eux et les montagnes les auraient engloutis dans leur sein ! Mais DIEU veillait sur eux et leur a fait accepter ce qui était véridique, et Il leur a concilié nos cœurs en les faisant revenir à la vérité. Serait-il possible de porter atteinte à l'Envoyé de DIEU dans son jugement et de contrevenir à son ordre, en tenant à l’écart sa tribu et ses proches (Quraïshites) qui sont les hommes les plus élevés en dignité et qui tirent à eux les pans de son mérite et de son lignage ? Par DIEU, cela ne saurait arriver, tant qu'il nous restera le plus léger souffle de vie et assez de force (littéralement : " et un œil qui clignote") ! Mais, DIEU soit loué, qui nous a défendu parfaitement, qui a fait rentrer dans le fourreau le sabre de la sédition, qui a réalisé la concorde et a maintenu le commandement de la Communauté là où se trouvent son origine et sa source pour qu'il ne fût pas écarté de ceux qui en étaient dignes et qui y étaient destinés, qu'Il soit loué par d'abondantes louanges bénies !"
Ces paroles de Ali et d'al-Abbâs sont un parfait et authentique acte d'obédience (envers Abû Bakr) et expriment leur satisfaction de la façon dont il avait mené l'affaire avec les Ançar, satisfaction également que le pouvoir lui ait été reconnu. Il n' y a dans cet acte d'obédience aucun défaut ni rien de caché. Il faut ajouter à cela qu'Abû Bakr ne s'est pas précipité sur la succession du Prophète, mais au contraire qu'il l'a fuie, selon ses propres paroles : " Si je n'étais pas "cerné" - il voulait dire : contraint - au sujet de ce commandement, je ne l'accepterais pas", puis il devait dire : " Relevez-moi (de cette charge), relevez-moi !" Et ce fut Ali qui fut le premier à lui dire : " Non ! par DIEU ! nous te ne relèverons pas de ta charge et nous ne te demanderons pas de démissionner. L'Envoyé de DIEU t'a proposé pour diriger notre prière, qui donc te révoquerait (littéralement : " te mettrait à l'arrière") de la charge de succession (au prophète) sur nous ? Tu as été confirmé, que DIEU te rende ferme et nous soit propice grâce à toi et par toi !" Abû Bakr répondit : " Alors ne m'imposez de voir juste dans toutes mes décisions, comme l'Envoyé de DIEU voyait juste dans les décisions qu'il prenait, car l'Envoyé de DIEU était infaillible, il ne se trompait pas, préservé de toute erreur, soutenu par la Révélation venant de DIEU, tandis que moi, je ne suis que l'un d'entre vous, parfois je vois juste et parfois je me trompe. Si j'ai raison, glorifiez DIEU, et si je me trompe, alors conseillez-moi !"
Ali lui dit alors : " Ton renoncement, ta piété et tes scrupules religieux sont admirables ! Admirable aussi ce à quoi t'a conduit ton jugement et où t'ont amené l'assistance (que DIEU accorde à tes actions) et ta justesse de vue ! Personne ne peut dire du mal de toi ou te prendre en défaut et tu n'as pour les hommes, quand il ne s'agit pas de DIEU, ni complaisance ni convoitise. L'homme faible et humble est à yeux si puissant que tu te charges de ses droits, l'homme puissant et honoré est à tes yeux si faible que tu te charges de ses obligations. Tu ne crains que DIEU, et tu n'espères qu'en Lui, et, quand il s'agit de Lui, tu n'as pas peur du blâme de qui que ce soit. Que DIEU, au nom de la Religion, te donne une récompense parfaite, que, par la Vérité, Il maintienne ta bannière dressée, et que, grâce à toi et pour toi, Il réalise ce qui est le mieux, car Il est Celui qui détient la faveur de Sa Miséricorde."
à suivre...
source: La profession de Foi (Ibn'Arabi)
Souvent le prophète disait : " Je rends hommage à l'avis d' Abû Bakr dans tout ce qu'il me soumet." Quand il consultait les Compagnons sur une affaire en son absence et qu'ils le conseillaient, il leur répondait : " Pas avant qu'Abû Bakr ne soit là et que j'aie entendu son avis; s'il me conseille cela, je l'écouterai." Il y a aussi le fait qu'il se rendait quotidiennement chez lui, sans manquer un jour, ou presque, tout le temps qu'il était resté à la Mecque, jusqu'au moment de son émigration à Médine. Le fait également qu'il n'y avait qu'Abû Bakr auprès du prophète, sans les autres compagnons, dans des circonstances graves, qu'il était seul avec lui dans le dais le jour de la bataille de Badr et au cours d'autres expéditions, ce qui fit dire aux Arabes, au moment où la bataille faisait rage : " Tu tiens beaucoup à ton compagnon !" Le prophète avait répondu : " DIEU m'a ordonné de le prendre comme ministre et conseiller, comme intime et compagnon, et si j'avais à choisir un ami (khalil) c'est lui que je choisirais, mais il est mon frère (akh) en religion et il reste avec moi, et il est mon confident attaché (1)." Il faut citer également ce qu'il répondit à une femme venue le trouver pour lui demander un don : " Reviens me voir à un autre moment ! - Et si je ne te trouve pas ! lui dit-elle - Si tu ne me trouves pas, tu trouveras Abû Bakr." Il avait acheté à un bédouin des jeunes chamelles en paiement différé, et le bédouin lui avait demandé : " Et si je ne te trouve pas, au cas où tu serais mort, qui me réglera mon dû ? - Le prophète lui avait répondu : Celui-ci !" en frappant de la main sur la cuisse d'Abû Bakr. Entre autres faits du même genre, que nous mentionnerons, si DIEU le veut, à propos de l'excellence de l'Imâma d'Abû Bakr. Tous ces éléments tiennent lieu de texte explicite; même s'ils n'en constituent pas un véritablement, du moins ont-ils éclairé ceux qui étaient partisans de son élection et qui se sont appuyés sur eux pour lui donner la préférence et faire l'unanimité sur sa personne.
Selon une tradition, le prophète ne serait pas mort sans avoir attiré l'attention sur (ceux qui devaient être) ses quatre premiers successeurs et sur leur ordre de succession. Il aurait commencé par nommer Abû Bakr, puis Umar en second, Uthmân en troisième, puis Ali en quatrième. C'est ainsi qu'il aurait dit : " Si vous confiez cette charge à Abû Bakr, vous trouverez en lui un homme physiquement faible mais fort dans la religion de DIEU.
Si vous la confiez à Umar, vous trouverez en lui un homme fort, physiquement et dans la religion de DIEU. Si vous la confiez à Uthmân, vous trouverez en lui un homme compatissant et miséricordieux. Et si vous la confiez à Ali, vous trouverez en lui un "guide bien guidé" (hâdî mahdî)." (2)
Si quelqu'un fait l'objection suivante à ce hadith : " Si cette tradition est authentique, Umar devait être nécessairement plus digne de l'Imâma qu'Abû Bakr, puisque l'Envoyé a fait savoir que Umar avait à la fois la force physique et la force dans sa religion, alors qu'Abû Bakr était faible physiquement. Et celui qui possède ensemble les deux forces est plus digne que celui qui n'en possède qu'une. De même pour le compatissant miséricordieux et le "guide bien guidé", on lui répondra que cette remarque n'est pas un bon argument, car la force dans la religion de DIEU totalise toutes ces qualités. De même, si est exacte cette tradition qui dit que l'Envoyé de DIEU a mentionné Abû Bakr en premier, sa prééminence en découle nécessairement, parce que, de la part de l'Envoyé de DIEU, le mentionner en premier, c'était ainsi faire savoir quel était le rang de chacun, et attirer l'attention sur leur choix de préférence aux autres, en montrant clairement leur supériorité sur tous les autres Compagnons et leur prééminence sur tous ceux qui croyaient en lui. Ainsi est bien établie leur supériorité et bien reconnu qu'ils étaient les meilleurs de ses Compagnons, et que leur hiérarchie dans le mérite correspondait au rang qu'ils devaient occuper (dans la succession du Prophète à la tête de la Communauté).
Sachez que la précellence de celui qui a le plus de mérite dans cette Communauté ne résulte que du fait des qualités et non du lignage ou de la parenté. N'entendez-vous pas Sa parole : " Ceux qui ont eu la foi et qui ont accompli les œuvres pies, ceux-là sont les meilleurs de l'humanité" (3), et : " Le plus noble d'entre vous, aux yeux de DIEU, est le plus pieux" (4), et : " Les proches (awliyâ) de DIEU sont uniquement les pieux" (5).
Ces versets, et d'autres semblables, vous montrent que la précellence de celui qui a le plus de mérite ne résulte que du fait des qualités et non du lignage ou de la parenté, car la foi est une qualité pour le croyant et les œuvres pies sont les qualités de ceux qui l'accomplissent. La différence entre les hommes de mérite (al-fudalâ) correspond à la différence de leurs qualités méritoires. Celui qui a davantage de qualités, grâce à son observance (des devoirs religieux) et au nombre de ses actions pieuses et bonnes, est grandement considéré, sa valeur et son rang sont élevés, et il est supérieur aux autres. Il y a des degrés (darajât) entre les êtres de mérite, entre les Anges, les Prophètes et ceux qui sont au-dessous d'eux. DIEU a dit : " Le Messie ne trouve certes pas indigne d'être un serviteur de DIEU, non plus que les Anges rapprochés (de Lui) (6), et : " Ceux qui portent le Trône et ceux qui sont autour de Lui" (7), et : " DIEU choisit, parmi les Anges, des Envoyés, et parmi les hommes (8)." Les Anges "rapprochés", les Porteurs du Trône, et ceux qui sont "choisis", sont supérieurs aux autres. DIEU a dit aussi des Prophètes : " Ces Envoyés, Nous en avons préféré les uns aux autres. Parmi eux, il en est à qui DIEU a parlé, et Il en a élevé d'autres en degrés (9)." Parmi les Prophètes, ceux qui sont Envoyés (mursalûn) sont supérieurs à ceux qui ne le sont pas, et parmi les Envoyés, ceux à qui DIEU a parlé (al-mukallamûn) sont supérieurs aux autres. Et au sujet des Compagnons de notre Prophète, qui sont les "meilleurs des nations" (afdalu-l-umam) après les prophètes, DIEU a dit : " Ils ne sont point égaux aux autres ceux d'entre vous qui auront dépensé (dans le chemin de DIEU) avant la Victoire et qui auront combattu. Ceux-là sont d'un degré plus considérable que ceux qui auront dépensé et combattu après (la Victoire) (10)". Il nous a ainsi fait savoir que celui qui a dépensé et combattu avant la Victoire est d'un degré plus considérable que celui qui a dépensé et combattu après celle-ci. Le fait de dépenser dans le chemin de DIEU et d'avoir combattu sont donc deux qualités distinctives attribuées à celui qui dépense et qui combat. On avait demandé au Prophète : " Quels sont les "proches de DIEU" (awliyâ Allâh) et les "proches" de Son Envoyé !(11)" et il avait répondu : " Les Pieux (al-muttaqûn)". La piété (taqiyya) est donc elle aussi une qualité distinctive attribuée au croyant pieux. Il est ainsi bien établi, par ce que nous avons expliqué et montré, que la précellence de celui qui a le plus de mérite ne résulte que du fait des qualités et de rien d'autre, et qu'il y a une hiérarchie des êtres de mérite, entre les Anges, les Prophètes et ceux qui sont au-dessous d'eux. Considérez cela attentivement !
Et maintenant que le principe de l'objet de la discussion a été reconnu, par cet exposé résumé et qu'a débordé le flot de ces renforts au secours de la victoire malgré ses limites imposées, revenons à notre propos !
Nous dirons donc ceci : après la mort de l'Envoyé de DIEU, les musulmans eux-même n'envisageaient personne qui fût considéré comme digne d'assurer sa succession à la tête de la Communauté, parmi tous les Compagnons les plus éminents et dans sa pure lignée, à l'exception de trois personnes : Abû Bakr, Ali et al-Abbas. Et c'est au sujet de ces trois hommes que les musulmans étaient en désaccord. La thèse des Alides Imânites, des Bakriyya et des Abbâssiyya, qui prétend que le prophète avait désigné par un texte explicite l'un de ces trois hommes, est fausse. L'argumentation décisive qui la réfute est la suivante. On répondra d'abord aux Bakriyya : que le fait qu'Abû Bakr ait indiqué quelqu'un d'autre que lui-même le Jour de la Saqîfa montre bien qu'il n'avait pas été désigné par le Prophète, car autrement il ne lui aurait pas été possible d'indiquer quelqu'un d'autre (12), sinon il aurait été en opposition avec la volonté du Prophète, et son mérite est bien trop haut et son rang bien trop illustre pour qu'on lui attribue pareille chose, lui qui était le confident du Prophète et son homme de confiance dans toutes les affaires importantes et les décisions qu'il prenait, et qui avait été son remplaçant (khalîfa) pour diriger la prière de la Communauté ! On répondra ensuite à la fois aux Alides et aux Abbâssiyya : que le fait que Ali et al-Abbâs aient reconnu fidèlement Abû Bakr montre bien qu'il n'y avait eu aucun texte désignant explicitement l'un d'eux, car autrement il n'aurait absolument pas pu s'enlever à lui-même la direction de la Communauté et prêté serment d'allégeance à quelqu'un d'autre, sinon il aurait été alors en opposition avec l'Envoyé de DIEU, montrant qu'il s'écartait des limites que lui avait tracées le Prophète en lui donnant ses ordres, en lui confiant cette charge et en le désignant. Et même si cela devait entraîner sa perte, il lui était impossible de se dégager de cette charge et de l'abandonner, comme ce fut le cas de Uthmân qui ne pouvait abdiquer (littéralement : "se destituer lui-même", car l'Envoyé lui avait dit : " O Uthmân ! DIEU te revêtira d'une tunique; si quelqu'un te presse de l'enlever ou te la conteste, ne l'enlève pas ! (13)"
Et Uthmân resta fermement fidèle à l'ordre de l'Envoyé de DIEU, jusqu'à se faire tuer pour lui - que DIEU soit satisfait de lui !
Quand nous voyons deux hommes (al-Abbâs et Ali) faire acte d'obédience à un troisième (Abû Bakr), et cela sans que ce dernier ait brandi le sabre sur eux, ni leur ait distribué de l'argent, ni gagné leur cœur par quelque don que ce fût, nous concluons nécessairement à sa supériorité en mérite vis-à-vis d'eux, bien établie à leurs yeux et unique raison de leur allégeance, convaincus qu'il était plus digne qu'eux de la charge qu'on lui avait confiée et de la confiance qu'on avait mise en ses capacités.
Des traditions, dont la garantie est solide par plus d'un côté, ont rapporté que l'acte d'obédience de Ali et al-Abbâs à Abû Bakr avait déjà été fait alors que l'Envoyé de DIEU n'était pas encore enseveli. Abû Bakr en avait terminé avec l'affaire de la Saqîfa; il avait obtenu la caution des Ançâr, avait reçu le serment d'allégeance et avait fait l'unanimité sur sa personne. Accompagné de Umar et d'Abû Ubayda, il était alors revenu. Ils entrèrent dans la maison de l'Envoyé de DIEU pour assister aux derniers préparatifs en vue de son enterrement. Ce fut al-Abbâs qui rencontra le premier Abû Bakr sur le seuil. Il avait été informé de la discussion qu'il avait eue avec les Ançar et des paroles qui avaient été échangées, des arguments décisifs qu'il avait établis contre eux, des indications et des preuves qui les avaient convaincus, telles que le fait que cette fonction de commandement était réservée aux Quraïshites et à nuls autres et que les musulmans devaient se soumettre à eux fidèlement. Il avait appris aussi que les gens avaient l'unanimité sur sa personne et lui avaient prêté le serment d'allégeance. C'est donc au retour d'Abû Bakr à la maison de l'Envoyé de DIEU qu'al-Abbâs lui serra la main et lui dit : " Nous avons appris toutes tes difficultés, et louange à DIEU qui a apaisé la haine grâce à toi et pour toi, qui a éteint les feux de la sédition (fitna) grâce à l’excellence de ton jugement et à ta bonne foi, qui a maintenu ce commandement de la Communauté chez les Quraïshites grâce à toi, sans qu'un élément étranger s'y introduise, grâce à ton influence bénéfique et à ta bénédiction (baraka), car tu n'as cessé d'être béni et favorisé, assisté et dirigé (vers ce qui est juste), et la façon dont tu as agi n'est pas étonnante de ta part pour ceux qui te sont proches et elle fait indéniablement partie de tes efforts pour te concilier les bonnes grâces de DIEU, que DIEU te récompense bien pour ta belle conduite, qu'Il assiste cette communauté par tes soins vigilants et qu'Il t'aide, par Sa grâce et Sa générosité, pour les affaires de la Communauté dont Il a fait de toi le gardien !" Ali s'avança vers Abû Bakr, quand son oncle eut fini de lui présenter ses vœux, et lui dit à son tour : " Les Ançar s'étaient conté à eux-même des mensonges, par DIEU ! s'ils nous avaient frustré de ce commandement, la terre se serait refermée sur eux et les montagnes les auraient engloutis dans leur sein ! Mais DIEU veillait sur eux et leur a fait accepter ce qui était véridique, et Il leur a concilié nos cœurs en les faisant revenir à la vérité. Serait-il possible de porter atteinte à l'Envoyé de DIEU dans son jugement et de contrevenir à son ordre, en tenant à l’écart sa tribu et ses proches (Quraïshites) qui sont les hommes les plus élevés en dignité et qui tirent à eux les pans de son mérite et de son lignage ? Par DIEU, cela ne saurait arriver, tant qu'il nous restera le plus léger souffle de vie et assez de force (littéralement : " et un œil qui clignote") ! Mais, DIEU soit loué, qui nous a défendu parfaitement, qui a fait rentrer dans le fourreau le sabre de la sédition, qui a réalisé la concorde et a maintenu le commandement de la Communauté là où se trouvent son origine et sa source pour qu'il ne fût pas écarté de ceux qui en étaient dignes et qui y étaient destinés, qu'Il soit loué par d'abondantes louanges bénies !"
Ces paroles de Ali et d'al-Abbâs sont un parfait et authentique acte d'obédience (envers Abû Bakr) et expriment leur satisfaction de la façon dont il avait mené l'affaire avec les Ançar, satisfaction également que le pouvoir lui ait été reconnu. Il n' y a dans cet acte d'obédience aucun défaut ni rien de caché. Il faut ajouter à cela qu'Abû Bakr ne s'est pas précipité sur la succession du Prophète, mais au contraire qu'il l'a fuie, selon ses propres paroles : " Si je n'étais pas "cerné" - il voulait dire : contraint - au sujet de ce commandement, je ne l'accepterais pas", puis il devait dire : " Relevez-moi (de cette charge), relevez-moi !" Et ce fut Ali qui fut le premier à lui dire : " Non ! par DIEU ! nous te ne relèverons pas de ta charge et nous ne te demanderons pas de démissionner. L'Envoyé de DIEU t'a proposé pour diriger notre prière, qui donc te révoquerait (littéralement : " te mettrait à l'arrière") de la charge de succession (au prophète) sur nous ? Tu as été confirmé, que DIEU te rende ferme et nous soit propice grâce à toi et par toi !" Abû Bakr répondit : " Alors ne m'imposez de voir juste dans toutes mes décisions, comme l'Envoyé de DIEU voyait juste dans les décisions qu'il prenait, car l'Envoyé de DIEU était infaillible, il ne se trompait pas, préservé de toute erreur, soutenu par la Révélation venant de DIEU, tandis que moi, je ne suis que l'un d'entre vous, parfois je vois juste et parfois je me trompe. Si j'ai raison, glorifiez DIEU, et si je me trompe, alors conseillez-moi !"
Ali lui dit alors : " Ton renoncement, ta piété et tes scrupules religieux sont admirables ! Admirable aussi ce à quoi t'a conduit ton jugement et où t'ont amené l'assistance (que DIEU accorde à tes actions) et ta justesse de vue ! Personne ne peut dire du mal de toi ou te prendre en défaut et tu n'as pour les hommes, quand il ne s'agit pas de DIEU, ni complaisance ni convoitise. L'homme faible et humble est à yeux si puissant que tu te charges de ses droits, l'homme puissant et honoré est à tes yeux si faible que tu te charges de ses obligations. Tu ne crains que DIEU, et tu n'espères qu'en Lui, et, quand il s'agit de Lui, tu n'as pas peur du blâme de qui que ce soit. Que DIEU, au nom de la Religion, te donne une récompense parfaite, que, par la Vérité, Il maintienne ta bannière dressée, et que, grâce à toi et pour toi, Il réalise ce qui est le mieux, car Il est Celui qui détient la faveur de Sa Miséricorde."
à suivre...
source: La profession de Foi (Ibn'Arabi)
- Pour toutes ces traditions, voir Muslim: kitâb fadâ'il al-çahaba, et Bukhâri: kitâb fadâ'il Açhâb al-Nabî, v, pages 5 à 12.
- Cette tradition est citée par Abd al-Qâdir al-Jîlî sous une forme légèrement différente : Ghunya, p. 86.
- Coran XCVIII, 7
- Coran XLIX, 13
- Coran VIII, 34
- Coran IV, 172
- Coran XL, 7
- XXII, 75
- II, 253
- LVII, 10
- Nous avons gardé au mot walî (pl. awliyâ) son sens étymologique, bien qu'on le traduise habituellement par "bien-aimé" (de DIEU) et "saint".
- C'est à dire Abû Ubayda et Umar, voir le paragraphe 93.
- On trouvera cette tradition dans les recueils d'Ibn Mâja (muqaddima, bâb 11) de Tirmidhî (manâqib, bâb 18) et Ibn Hanbal (VI, 75, 87, 149).
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